Spectacle

Sublime fleur des mâles au Théâtre de Vidy

Le Français Arthur Nauzyciel s'empare avec brio de «La Dame aux camélias», histoire d'une passion fatale, portée par la magnifique Marie-Sophie Ferdane

Pour cette Marguerite, vous vous seriez damné. Paris gronde pourtant, une révolution se fomente à la lueur des torches. En cette année 1848, le roi Louis-Philippe toussote tel un notaire en hiver, entre deux coups de canon. Des échevelés rêvent d’une épopée qui changerait le monde en profondeur. Sur les barricades, ils astiquent des baïonnettes anciennes. Laissons-les s’enflammer. Ils déchanteront hélas, laminés comme des vers de terre quand Louis-Napoléon Bonaparte sera élu président de la République.

Mais leur chagrin, leur pitié, n’égaleront pas ceux d’un coureur d’aventures, un bâtard de 24 ans qui porte un nom glorieux, Alexandre Dumas fils. Il a aimé comme un chien Marie Duplessis, une courtisane de 20 ans qui règne sur le demi-monde parisien. Il l’a adulée; elle l’a possédé. Ils se sont séparés. Elle est morte, fauchée par la maladie du siècle, la tuberculose. Il va dresser alors le plus amoureux des tombeaux, qui se trouve être aussi le piédestal de sa gloire: La Dame aux Camélias, un roman qui bouleverse ses lecteurs de 1848 et qu’il convertit en pièce en 1852.