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Les subtiles questions sur la justice de «Rectify»

Due à l’acteur Ray McKinnon, vu chez les frères Coen et dans «Deadwood», «Rectify» suit les premiers pas en liberté d’un accusé à mort innocenté par l’ADN. Une analyse subtile, et particulière, du poids de la condamnation

«Rectify», questions subtiles sur la justice

Due à l’acteur Ray McKinnon, vu chez les frères Coen et dans «Deadwood», la série «Rectify» suit les premiers pas en liberté d’un accusé à mort innocenté par l’ADN

Genre: DVD et blu-ray
Qui ? Série créée par Ray McKinnon (2013)
Titre: Rectify
Chez qui ? Arte Editions

«Je vais devoir reconsidérer ma vision du monde», lâche un jour Daniel Holden. En fait, c’est aussi le monde qui devrait, en théorie, reconsidérer la manière dont il le voit, lui. Rectify repose sur cette ambivalence, pilier d’une série posée et subtile.

Interprétée par un Aden Young jusqu’ici méconnu, Rectify commence par la libération de Daniel, après vingt années passées en prison, dont un bon nombre dans le couloir de la mort. Alors qu’il avait à peine 18 ans, il avait été reconnu coupable du viol et du meurtre de la jeune Hannah, retrouvée dans un bois, avec lui à ses côtés. Il avait même avoué les faits. Mais à présent, le résultat d’un prélèvement d’ADN réduit à néant, ou presque, le dossier de l’accusation. Daniel retrouve donc sa mère, depuis remariée, sa sœur, son demi-frère… et un monde dont l’hostilité ne fera que croître. Un sénateur, procureur à l’époque des faits, fait pression pour maintenir le dossier ouvert, et toujours à charge contre lui. Le shérif est du même avis. Si quelques lointaines connaissances, venues de cette adolescence tardive et interrompue, apparaissent avec un peu d’amitié dans le regard, l’ancien accusé doit composer dans un environnement négatif, en sa petite ville de Géorgie.

Ray McKinnon, l’auteur de Rectify, s’était fait voir comme acteur dans des univers déjà typés, chez les frères Coen dans O Brother, Where Art Thou?, dans la série Deadwood (il était le révérend) puis dans Sons of Anarchy. Le voici auteur. Se lançant dans un projet périlleux, même s’il est encadré par les producteurs Mark Johnson et Melissa Bernstein, naguère à l’affiche de Breaking Bad, ou, durant la première saison, Keith Gordon, qui a œuvré sur Dexter.

Il y avait péril, parce que le thème de Rectify peut quand même vite glisser vers les clichés. L’homme innocent enfin reconnu, la violence des regards environnants, l’obsession collective mais sourde d’une vengeance à accomplir, le soutien indéfectible de certains (dans ce cas, mère et sœur): les ingrédients initiaux permettraient de composer une mise à jour un brin populiste d’un motif hollywoodien maintes fois ressassé.

La série, qui est diffusée dans son pays sur le canal de Sundance et sur Arte, échappe à ses prédispositions par des choix originaux, mesurés. Une lenteur générale, une mise en place appliquée sur ses six premiers épisodes – et la suite confirme la pertinence de la démarche, d’autant qu’une troisième saison a été commandée. Aussi, une ambiguïté du personnage, qui apporte de nouvelles facettes ainsi que, plus prosaïquement, des pistes multiples aux auteurs.

Sans trop dévoiler la trame, il faut souligner la façon dont Ray McKinnon et ses acolytes finissent par aborder la soif de revanche qui excite certains habitants de la petite cité. Une intrigue tardive, mais non conclusive, imbriquée dans des flash-backs des années de prison. Cette séquence illustre l’approche prise par Rectify face à l’imposante question de la justice, et du poids de la condamnation. Le feuilleton n’esquive pas ces enjeux – comment les fuir, quand on choisit de parler d’un ancien accusé de viol et de meurtre? Mais il les traite comme s’il les grignotait peu à peu. Il les envisage tout en les incarnant à travers les particularités de ses personnages et de son contexte. Des brutalités et des nuances, qui font l’intelligence de Rectify.

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