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«Succession», la série qui plante l'argent au cœur de la famille

Le festival Séries Mania a dévoilé ce week-end le futur grand lancement de HBO. Ou quand un magnat des médias, campé par Brian Cox, déchire son propre clan. Séries Mania a aussi montré le futur triomphe de TF1

Logan Roy a 80 ans. Au fil des décennies, il a bâti son empire: le cinquième groupe de médias du monde, auquel s’ajoute un réseau planétaire de parcs d’attractions. Il est richissime, bien sûr, et ses cinq enfants aussi. Hormis l’unique fille qui fait de la politique et l’un des garçons à la marge, qui s’est mis en tête d’acquérir des réserves d’eau, les autres ne dépassent pas vraiment le statut de fils à papa. L’un d’eux, Kendall, est le successeur désigné, du moins le croit-on au début: il a la direction opérationnelle du groupe, et l’histoire commence alors qu’il négocie l’achat, à prix croissant, d’une plateforme web en vogue.

Brian Cox en patriarche qui divise

Le patriarche est incarné par le colosse Brian Cox, plus de 200 films et épisodes de séries au compteur. Succession, créée et écrite par le Britannique Jesse Armstrong, est le prochain grand lancement de la chaîne américaine haut de gamme HBO – et, dans ce cas, le qualificatif «grand» n’est pas stylistique; à voir l’épisode inaugural dévoilé en première mondiale au festival Séries Mania, à Lille, Succession coche toutes les cases d’une promesse de série marquante.

A propos de «Churchill», avec Brian Cox: Churchill et les fantômes des Dardanelles

Car Logan, qui fête son anniversaire dans ce premier chapitre, va bousculer la donne familiale. Il revoit les clauses du trust familial – grâce à un défunt chanteur belgo-français, on est en terrain soudain familier – pour y adjoindre la présence de sa femme. Avec deux voix. Kendall s’étouffe dans sa cravate et tente de rallier les quatre autres à sa rébellion. La tribu se retrouve sur un terrain herbeux de baseball où les choses ne vont faire qu’empirer.

Seraient-ce les Murdoch?

Déchirures claniques à la tête d’un conglomérat de TV, journaux et autres? Le curieux peut penser à l’empire Murdoch. Cependant, au moins au début du drame familial, la dimension médiatique de l’empire n’a que peu de résonance. L’un des enjeux porte d’ailleurs plutôt sur les parcs.

Sur le fond, peu importe la nature des affaires. Le dessein du scénariste est de remettre sur le métier l’ouvrage des plaies familiales, des rancunes, des tensions entre enfants et belle-mère. Au départ, seul Kendall a la tête dans le guidon du business – après avoir longtemps eu le nez dans la poudre, ce que le paternel ne manque pas de lui rappeler. Celui-ci est mû par des dispositions contradictoires, une méfiance générale envers sa progéniture, hormis la fille, et le désir de les ramener aux affaires.

Brian Cox: «Une vraie histoire moderne»

Présentant la série, l’interprète du patriarche insiste sur ce point. Brian Cox dit avoir été convaincu par cette histoire «où l’argent révèle la nature dysfonctionnelle de la famille. Logan est un vrai self-made-man, ses enfants, évidemment, ne le sont pas; cette tension grandit l’histoire.»

En effet, les choses sont en place pour un succulent spectacle de mise en pièce d’une famille, orchestrée par un patriarche qui est le seul à savoir où il va – quoique, le sait-il vraiment? Dans cette mise en place aussi vieille que la tragédie, Jesse Armstrong ajoute une puissante touche de l’acide subtilité des temps, par exemple dans une effarante scène au baseball, où le frère hors norme promet 1 million de dollars à un gamin latino s’il réussit un coup particulier. Espoir fou suscité avec un cynisme inouï, puis effacé, pour s’assurer le silence des parents, par l’argent. Vraiment, tout indique que Jesse Armstrong et HBO vont frapper un grand coup.

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On connaît le prochain triomphe de TF1

La chaîne a acheté «The Good Doctor», histoire d’un chirurgien autiste qui convainc tout le monde

Nul besoin de boule de cristal, on connaît la prochaine série à succès achetée par TF1. Dans une salle de cinéma de Lille, ce week-end, des reniflements sonores, toujours plus fréquents, ont ponctué la présentation des deux premiers épisodes de The Good Doctor, série de David Shore (Dr House) d’après un original coréen. Un public pleurnichant, y compris l’auteur de ces lignes, voilà un indicateur qui ne trompe pas. Aux Etats-Unis, le feuilleton a offert un triomphe à son diffuseur, ABC.

La série narre les rigides péripéties de Shaun Murphy, jeune docteur en médecine par ailleurs autiste. Le directeur d’un hôpital veut l’engager, contre l'avis de son conseil d’administration. Mais voilà qu’à l’arrivée à l’aéroport, Shaun sauve un ado d’une mort certaine par quelques prouesses chirurgicales. Et la salle de s’émouvoir.

Séries Mania, large palette

Trois semaines à peine après la clôture de Canneseries, le concurrent Séries Mania a ainsi ouvert ses feux dans les extrêmes, le puissant feuilleton corrosif façon HBO et le divertissement familial habile. La compétition s’annonce tout aussi variée, entre une rieuse série israélienne sur des personnages autistes (On the Spectrum) et un nouveau poids lourd de science-fiction estampillé Netflix, The Rain, mais cette fois venu du Danemark.


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