Concert

Sudden Infant, coup de choc sur la musique

Le trio emmené par Joke Lanz, qui se nourrit à parts égales de punk et d’art brut, est de passage à la Cave 12 de Genève et au Bad Bonn de Düdingen

Il faudrait imaginer une zone qui se situerait à l’intersection d’une longue série de mots clés: punk, art brut, Carnaval, actionnisme viennois, hypnose, improvisation, Antonin Artaud, poésie sonore, Wunderkammer, noise, Bakounine. Et là, on poserait un botacul sur lequel, en nous tirant la langue, ferait de l’équilibrisme un homme: Joke Lanz.

Joke Lanz est né en 1965 à Bâle, il a vécu à Zurich, mais cela fait longtemps maintenant qu’il s’est installé à Berlin. Et on a avec lui un des plus beaux spécimens des musiques de marges: qu’il bâtisse des murs de bruits en connectant des pédales d’effet à des magnétophones à cassette, qu’il empile des boucles sonores narcotiques faites avec sa voix ou qu’il entame un blues revu selon les canons de l’arte povera, Joke Lanz est un trouveur de grande classe. Un performeur à la physicalité assumée, un homme charmant nous dit-on, un fripon divin.

L’incarnation principale de Joke Lanz se nomme Sudden Infant. De 1989 à 2014, c’était un projet solo, reconnaissable aux traits de style décrits ci-dessus. Avec l’adjonction à cette dernière date du bassiste Christian Weber et du batteur Alexandre Babel (par ailleurs directeur artistique du collectif genevois de percussion Eklekto), c’est devenu un groupe, et une arme de guerre. Les deux albums du trio – Wölfli’s Nightmare (Voodoo Rhythm, 2014) et le tout récent Buddhist Nihilism (Harbinger Sound) – alignent une série de vignettes qui peuvent tour à tour évoquer les stridences mentales de Pour en finir avec le jugement de Dieu, les BD à la carte à gratter de Thomas Ott, le rockabilly osseux de Reverend Beat-Man (le patron de Voodoo Rhythm) ou l’électro-punk de Sleaford Mods (dont une bonne partie des disques sont sortis chez Harbinger Sound).

L’agression intelligente

Mais au-delà des influences éventuelles et des confluences évidentes, la spécificité de Sudden Infant est d’amener le propos vers les espaces de la folie douce et de l’agression intelligente: la musique est tirée au cordeau (chaque titre est un exemple de pénombre solide et de groove cassé avec science), et les histoires que Joke nous raconte (les rêves d’un gamin qui veut devenir conducteur de grue sur Crane Boy, les désaccords du corps et de l’esprit sur French Douche) claquent comme des fables primales. Autrement dit, c’est là la chanson de l’Urschrei.


Genève. Cave 12, rue de la Prairie 4. Dimanche 26 août à 21h (avec Massicot en première partie).

Düdingen. Bad Bonn, Bonnstrasse 2. Mercredi 5 septembre à 21h.

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