Au cours d’une carrière qui s’étend sur un demi-siècle, Roy Andersson s’est accompli avec succès dans l’art du film publicitaire. Il a quand même trouvé le temps et l’argent pour réaliser une demi-douzaine de longs métrages témoignant avec humour de cette neurasthénie qui sied aux peuples nés aux abords du cercle polaire. Ayant bouclé avec Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence (2015) sa Living Trilogy (composée de Chansons du deuxième étage en 2000 et Nous, les vivants en 2007), le réalisateur suédois signe une apostille à sa façon laconique. Pour l’éternité raconte à nouveau une histoire de l’humanité à travers une trentaine de saynètes mêlant le trivial et le sublime, la scène historique, voire biblique, le fait divers, la peinture de genre et quelques instantanés de la merveilleuse banalité du quotidien.

Dans des camaïeux de gris, de beiges et de bruns rigoureusement composés, on rencontre un couple qui, tel deux anges de Boucher, hante les nuées survolant quelque Hiroshima futur, un gros badaud au souffle court qui gravit des escaliers, une coiffeuse qui soigne une plante verte mal en point devant son salon, un couple qui s’occupe d’une tombe dans un cimetière brumeux, une femme trois fois giflée par un jaloux au rayon poissonnerie, trois filles qui dansent devant une buvette, un prêtre qui abuse du vin de messe parce qu’il a perdu la foi, un père qui rattache le lacet de sa fille sous la pluie, un chemin de Croix et même Hitler et son état-major dans leur bunker berlinois, tellement terrifiés, tellement saouls qu’ils n’arrivent plus à dresser le bras…