Sufjan Stevens vise le ciel

Disque L’enfant prodige de la pop-folk américaine sort «Carrie & Lowell», un septième album d’une extrême sensibilité

Onze miracles de sensibilité et de simplicité. Avec son dernier album Carrie & Lowell sorti la semaine dernière, Sufjan Stevens se débarrasse de tout superflu. Une œuvre mélancolique et spectrale qui fait déjà un carton critique plein partout où elle passe.

Une voix touchante, des mélodies délicates, des arrangements tout en douceur entre guitares acoustiques, piano et claviers: voilà ce dont le songwriter américain de 39 ans avait besoin pour se raconter et plonger très profondément dans ses souvenirs et ses blessures d’enfance.

Douleur de l’abandon

Carrie, en photo sur la pochette avec ses immenses lunettes rondes, était le prénom de sa mère décédée en 2012. Lowell, celui de son ex-beau-père, cofondateur du label Asthmatic Kitty Records. La douleur de l’abandon – Carrie a quitté mari et enfants quand Sufjan n’avait qu’un an – et de la mort, laissant en suspens de multiples questions, ont donné à l’auteur un souffle de vie musicale renversant.

Cinq ans après le psychédélico-folk The Age of Adz, qui s’achevait sur un morceau expérimental de 25 minutes, la pureté du premier morceau de Carrie & Lowell, «Death with Dignity», fait l’effet d’une bombe qui craque sous la fragilité. Accompagné d’une simple mandoline, le chanteur de Détroit va droit au but, avec une infinie délicatesse. La douceur, c’est l’esprit qui hante l’intégralité de cet album où une certaine mystique vient clore de manière récurrente les chansons, les mélodies berçantes s’achevant souvent par des nappes de claviers cosmiques.

Mais c’est avec le bouleversant «Fourth of July» que l’auteur-compositeur touche les étoiles. Il se trouve alors au chevet de sa mère mourante. «Qu’aurais-je pu dire pour te ramener des morts? Oh aurais-je pu être le ciel en ce 4 juillet?» La fin du morceau est ponctuée d’un hypnotisant «We’re all gonna die» («nous allons tous mourir»), que Sufjan répète dans un murmure comme un mantra.

Disque magique, Carrie & Lowell a été enregistré dans plusieurs studios différents, chez le musicien mais aussi «avec un iPhone dans une chambre d’hôtel de Klamath Falls dans l’Oregon», précise le livret qui accompagne l’album. Reste à savoir ce que ce bijou donnera sur scène?

Difficile d’imaginer le sort que lui réservera Sufjan Stevens, multi-instrumentiste surdoué capable de transformer ses concerts en expériences artistiques totales. Une seule certitude: avec cette sublime introspection, le troubadour du Michigan vise le ciel et livre une tranche de vie intime qui touche en plein cœur.

Sufjan Stevens, «Carrie & Lowell», Asthmatic Kitty/Irascible.