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Relecture d'une figure connue par Hyperactive Studios.
© LAURENT GILLIERON

Exposition

«Je suis ton père!» ou «Star Wars», un mythe universel

Dans une exposition passionnante, la Maison d’Ailleurs, à Yverdon, interroge la dimension mythologique du phénomène initié par George Lucas

Soucieux d’efficacité, l’homme postmoderne n’a pas de temps à perdre avec ces fariboles que sont les contes de fées. Au nom du progrès, le XIXe siècle positiviste a renié la mythologie: l’humanité en avait besoin dans sa jeunesse; devenue adulte, elle s’est tournée vers la science. Mais selon Mircea Eliade, historien des religions, «le mythe fournit une signification au monde et à l’existence humaine». Récuser cette dimension symbolique équivaut à mourir d’une grande solitude de l’esprit.

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Lancée en 1977, l’épopée Star Wars, le plus gros succès cinématographique de tous les temps, s’est substituée aux grands récits d’antan. Réinventant nombre de mythes gréco-latins ou bibliques, les mâtinant de motifs de pop culture (Flash Gordon, films de pirates…), la saga galactique ramène le merveilleux au sein de la cité globalisée et permet au citoyen d’étancher sa quête de sens, tant il est vrai que seul l’imaginaire permet de percevoir le réel.

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Ange Yoda

A travers une exposition ambitieuse, «Je suis ton père!», la Maison d’Ailleurs questionne les responsabilités qu’endossent les archétypes d’une franchise débordant massivement de l’écran. Quelle fonction symbolique remplit cette triple trilogie en cours d’achèvement que son créateur, le démiurge George Lucas, a conçue d’emblée comme un «conte pour enfants»? Par-delà le corpus des films officiels (déjà huit et un premier spin-off), la galaxie très, très lointaine se matérialise en figurines, jeux de construction et de rôles, comic books, fanfiction, LEGO, dessin animés et romans.

Refusant de «réduire Star Wars à un pur divertissement pour adolescents attardés», Marc Atallah, directeur du Musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires, a convoqué treize artistes contemporains pour affirmer la vivacité du mythe.

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Travis Durden hybride quelques marbres de la Renaissance, conservés au Louvre, avec les figures emblématiques de Star Wars: Yoda en chérubin, Boba Fett en gladiateur ou CP30 en Cupidon entrent en résonance avec la symbolique ancienne. Au rayon des livres et des jouets, puisés dans les archives de la Maison d’Ailleurs, on s’éloigne du canon fixé sur pellicule ou papier pour passer au mythe actif, à la réappropriation des figures de Star Wars par les fans. «Les figurines sont plus qu’un jouet, un médium», affirme Marc Atallah. Face aux masques de Kylo Ren ou d’un garde impérial, réalisés par Anthony Knapik-Bridenne, il rappelle les trois pouvoirs du masque et se demande si «l’enfant déguisé en Darth Vader est dans la fonction rituelle, théâtrale ou ludique».

Lampe Chewbacca

Alexandre Nicolas propose des fœtus de Yoda pris dans des œufs de cristal et deux totems de Darth Vader, comme si les tribus sauvages des marais de Dagobah avaient sculpté ces objets liturgiques pour conjurer une menace fantôme. Superlife, un collectif créé par deux jeunes designers suisses, donnent à ses meubles, ses lampes, des formes renvoyant au sabre laser ou à la tête de Chewbacca…

Geek new-yorkais tombé dans la marmite Star Wars quand il était petit, The Sucklord emprunte au pop art le principe du sérialisme et à la culture hip-hop les loops et scratches dont il use pour détourner quelques icônes: R2-D2 se transforme en canette de bière, les quadripodes d’assaut de l’Empire sont tagués comme n’importe quel mobilier urbain. Et Gay Empire Attack présente quarante figurines de Stormtroopers teints en rose…

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Depuis treize ans, le photographe Cédric Delsaux est entré «dans la grande nébuleuse Star Wars». Il s’en sert comme d’un matériau de base pour modeler notre rapport au monde, notre imaginaire. Il inscrit des personnages, des véhicules dans des lieux géographiques existants et remarque que «le réel et le fantastique se répondent dans une étrange cohérence». Dans des endroits «où la voracité humaine est à l’œuvre», tels les chantiers pharaoniques d’Abu Dhabi, il déploie des escouades de droïdes. «De qui ces fantômes sont-ils le nom?» s’interroge l’artiste, convaincu que Star Wars dépasse Star Wars. L’inspiration du Burj Khalifa de Dubaï ne vient-elle pas d’un monument de Coruscant, la capitale de l’Empire?


Je suis ton père! Yverdon-les-Bains, Maison d’Ailleurs, jusqu’au 14 octobre 2018, ma-di 11h-18h.

Je suis ton père – Origines et héritages d’une saga intergalactique, de Marc Atallah, Alain Boillat, Frédéric Jaccaud, Fantask – Maison d’Ailleurs, 216 p.

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