Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
«La hausse de la productivité est particulièrement faible en Suisse, où le trou d’air de 2008 continue. Le marché du travail s’est polarisé» - Andrea Bassanini 
© OCDE ©

Travail

«La Suisse doit adapter ses compétences»

La croissance des salaires réels ralentit depuis 2012. Leur évolution est même négative depuis 2014, selon le dernier rapport de l’OCDE. Les explications de son rédacteur principal, Andrea Bassanini

Pour la première fois, on dénombre davantage d’actifs occupés aujourd’hui qu’avant la crise de 2008. Le taux d’emploi devrait atteindre 62,1% d’ici à la fin de l’année 2018 et même 62,5% au quatrième trimestre 2019, selon l’édition 2018 des Perspectives de l’emploi, le grand œuvre annuel des économistes de l’OCDE. Mais parallèlement à cette bonne nouvelle, l’organisation s’inquiète de la «stagnation sans précédent des salaires», un phénomène qui touche particulièrement la Suisse. Explications avec Andrea Bassanini, le rédacteur en chef du rapport.

Le Temps: Votre étude montre une décélération de la croissance des salaires réels en Suisse à partir de la fin 2012, cette croissance devenant même négative fin 2014. Comment des salaires peuvent-ils baisser dans un pays où le marché de l’emploi est sous tension, avec un taux de chômage frôlant le niveau incompressible?

Andrea Bassanini: Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, le ralentissement est dû à la hausse rapide des salaires réels de 2010 à 2012, qui ont augmenté de 0,5 à quasiment 3% fin 2012, en partie en raison de la baisse des prix: il y a donc un effet de rattrapage à cet «excès» de croissance, un effet de correction. La baisse de la productivité est le second facteur: tous les pays sont touchés mais la Suisse plus que les autres. Cette productivité, en hausse annuelle de 1% avant la crise, a stagné entre 2012 et 2017, voire par moments baissé. Or c’est la hausse de la productivité qui permet aux entreprises d’augmenter les salaires. 

Pourquoi la Suisse fait-elle moins bien que les autres pays de l’OCDE après la reprise?

La hausse de la productivité est particulièrement faible en Suisse, où le trou d’air de 2008 continue. Le marché du travail s’est polarisé. Ceux qui sont bien adaptés à l’économie et au numérique ont vu leurs salaires augmenter; dans notre rapport, nous indiquons que les revenus du travail réels du 1% le mieux rémunéré ont augmenté bien plus vite que ceux des travailleurs à temps plein médians, accentuant une tendance déjà bien installée. Mais toute une série d’emplois intermédiaires, qui étaient de bons postes, ont disparu pendant la crise. Les personnes ont depuis retrouvé des postes certes mais moins bons, moins qualifiés, moins payés. Ces personnes continuent d’ailleurs à essayer de retrouver un meilleur emploi, le nombre de postulations par offre a fortement augmenté en dix ans.

Ce que vous pointez c’est donc un marché du travail déséquilibré, où l’offre et la demande ne sont pas adaptées…

Exactement. On se trouve dans la situation paradoxale que jamais il n’y a eu autant d’emplois vacants, les entreprises se plaignent de ne pas trouver les compétences qu’elles cherchent: et en même temps, le salaire moyen n’augmente pas, car de nombreuses personnes ne peuvent obtenir qu’un emploi faiblement qualifié. Il y a un cruel manque de compétences numériques très qualifiées.

Clairement il y a un besoin énorme de développer les compétences, et il ne s’agit pas seulement du système initial de formation, on voit bien que le problème se pose tout au long de la vie, la numérisation fait que le travail a changé – à l’OCDE, nous embauchons trois fois moins de secrétaires qu’il y a dix ans! Il faut savoir anticiper et investir suffisamment à l’avance. Ce problème n’est pas que celui de la Suisse, la croissance anémique des salaires concerne aussi l’Allemagne, pour les mêmes raisons. La Suisse reste un des pays les plus riches, mais doit se pencher sur ce problème de l’adaptation des compétences. 

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps