Comment lutter contre l'hégémonie d'une cinématographie sans restreindre le marché? Ancienne question qui a surplombé les débats durant cette année 2001, en Suisse comme ailleurs. Le 20 mars, le Conseil des Etats renvoie au gouvernement sa mouture de la loi sur le cinéma. La révision vise entre autres à limiter l'invasion des blockbusters américains en instaurant une taxe frappant les tickets dès qu'un certain nombre d'écrans est occupé simultanément. Par une procédure peu usuelle, le texte est remanié avant même de passer devant la Chambre du peuple. Les lobbies des distributeurs se font entendre au point que certains députés se plaignent de ces pressions. Le 26 novembre, le National boucle le compromis: si la diversité des films est faible au niveau d'une «région» donnée, la branche devra réguler cette carence après analyse d'un conseil qu'elle aura elle-même formé. La taxe ne serait introduite qu'en dernière instance. Les batailles vont néanmoins continuer autour des ordonnances d'application. En parallèle, le soutien à la relève a aussi défrayé la chronique avec l'introduction d'un nouveau système d'aide fédérale à la production de films que contestent les jeunes du groupe «Dögmeli».

La défense des cinémas nationaux a aussi occupé la scène internationale. En juillet, le cinéaste Luc Besson crée sa propre société de production et de distribution pour attaquer le marché d'une base européenne. Les studios américains annoncent en septembre leur intention d'ouvrir des sites Internet sur lesquels leurs films seront disponibles contre paiement. La technologie n'est pas encore au point, mais la globalisation du secteur audiovisuel se poursuit au pas de charge. Même des professionnels de Hollywood s'inquiètent des délocalisations en cours au point d'avoir, au printemps, menacé de faire grève. Le 17 décembre, après une année d'acquisitions américaines, le patron de Vivendi Universal Jean-Marie Messier proclame la «mort» de l'exception culturelle française.

Ces manœuvres ont eu lieu sur fond de croissance du secteur. Alors que leurs réseaux de salles agonisent par faute d'un grave suréquipement, les Etats-Unis ont néanmoins connu d'excellentes recettes. En France, la déferlante Amélie Poulain, accompagnée du Placard et du Pacte des Loups, a provoqué une forte hausse de la part de marché nationale, qui dépassera les 40%, ainsi que de la fréquentation, de 165 à 188 millions d'entrées (au 18 décembre).