Depuis deux ans, la Suisse est régie par une loi sur le cinéma qui est censée protéger la diversité de l'offre dans les salles. L'idée initiale était que, à partir d'un certain nombre de copies, les distributeurs devaient payer une taxe basée sur le principe du pollueur payeur. Mais les milieux de la distribution avaient réussi à faire pression et la loi finale stipule que le milieu doit «s'autoréguler». Les spectateurs comprennent mieux pourquoi depuis quelques mois. Est-ce grâce à cette autorégulation que, pour prendre des exemples récents, Bridget Jones 2, Ocean's Twelve ou Benjamin Gates et le Trésor des Templiers, qui sont quand même de terribles navets, occupent jusqu'à quatre écrans dans Lausanne et autant dans Genève? A qui sert d'avoir le même mauvais film dans quatre salles différentes de la même ville, démultiplié de manière à écraser les films plus fragiles? Sûrement pas au public.

Dans une étude récente, l'Office fédéral de la statistique a déduit une réponse qui n'a rien à voir avec l'amour du cinéma. Cette réponse est évidemment commerciale. L'Office constate que 80% des entrées d'un film s'engrangent durant la semaine suivant la sortie. Conséquences en chaîne: plus personne ne mise sur la longévité d'un film; leur durée de vie se raccourcit; les distributeurs les plus riches cherchent à augmenter leurs bénéfices en inondant le marché avec un nombre d'écrans et donc de copies infiniment supérieur à celui des films plus ambitieux artistiquement et, comme souvent, plus fragiles économiquement; les films un peu plus complexes ne trouvent plus le chemin des petites villes qui sont squattées toute l'année par les grosses machines. Conclusion: les distributeurs hésitent à acquérir des «petits» films un peu plus «difficiles» parce qu'ils savent d'avance qu'ils ne pourront pas les projeter hors des grandes villes, Lausanne, Genève, à la rigueur Fribourg et Neuchâtel. Ainsi, alors que la Suisse peut se targuer d'être l'un des pays les plus riches en termes d'offre, l'un des seuls qui respecte un tant soit peu les versions originales, l'«autorégulation» du milieu, vaste blague, pourrait étouffer cette richesse à court terme.