Parmi les 92 pays et 8600 professionnels qui seront présents au 39e Marché international de la musique (Midem) s'ouvrant aujourd'hui à Cannes, la Suisse tente de tirer son épingle du jeu de façon inédite. Dix artistes et groupes de divers horizons musicaux vont se produire dans ce haut lieu du business. L'opération, agencée par la Fondation Suisa pour la musique et Swiss Music Export (SME), joue enfin la carte de la diversité, après avoir défendu cinq ans durant uniquement le jazz.

Un paradoxe auquel ont souhaité mettre fin et l'instance émanant de la Société suisse pour les droits des auteurs d'œuvres musicales, et l'organe voué à l'exportation de la scène helvétique. La dizaine de mini concerts agendés sur trois soirs à l'enseigne du «Swiss Music Club» dans un hôtel cannois verra ainsi défiler chanson (Thierry Romanens, l'ex-représentante de la Suisse à l'Eurovision Carole Rich, le Tessinois Didi), pop (Lunik et Magicrays), ethno-électro (Stimmhorn et Laurence Revey), jazz vocal (Erika Stucky), électro-jazz (Mich Gerber) et les musiciens de Little Dreams Band, le groupe de la fondation éponyme créée par Phil et Orianne Collins. Romands, Tessinois et Alémaniques remplissent aussi le critère de la représentation linguistique et régionale.

«Pour convaincre et fédérer les professionnels, il fallait diversifier notre délégation musicale avec des artistes au potentiel international mais représentant déjà un petit quelque chose dans un ou certains pays à l'étranger», explique Marc Ridet. La programmation du responsable de la SME, conciliant dimension artistique et commerciale, satisfait Thierry Maulet-Fervant, président du Conseil de fondation de la Suisa: «Notre but est d'ouvrir désormais une fenêtre promotionnelle à toutes les musiques, d'attirer en collaboration avec les maisons de disques et producteurs suisses des artistes et quelques éditeurs étrangers.»

Crise décroissante

Si le Midem constitue la plate-forme idéale pour nouer des contacts et finaliser des contrats, c'est aussi un lieu de conférences. Des débats liés au développement de la Nouvelle Economie et aux synergies entre supports pour le secteur du disque et de l'édition musicale y tiendront à nouveau une place prépondérante. Mais sur fond de crise décroissante cette fois, puisque certains indices de la branche sont enfin au vert. Comme cette étude de la Fédération internationale de l'industrie phonographique (IFPI) révélée mercredi, qui annonce que le nombre de fichiers musicaux téléchargés légalement et achetés sur Internet a été multiplié par dix en 2004 par rapport à 2003, bondissant ainsi de 20 à 200 millions. Chiffres qui suggèrent que les bases d'une économie numérique sont désormais posées et que les actions juridiques contre le piratage auraient porté leurs fruits. Autre indicateur de santé rassurant: le succès croissant du spectacle vivant, la musique live. Un enjeu qui se voit enfin dédier une journée de discussion.