Soleil trompeur pour Paul Morand (1888-1976). Ce jour de janvier 1945, l’écrivain jazzy d’Ouvert la nuit, le voyageur impatient, dont le New York a été un succès colossal, grelotte comme un matou angora piégé par la neige sur les hauteurs de Chillon. Les murs de la somptueuse villa Maryland qu’il vient de louer à Territet-Mont-Fleuri sonnent creux. Et son épouse, Hélène, ex-princesse Soutzo, ressemble à une zibeline famélique.

Plus de Bugatti, plus de fugue à toute berzingue, plus de chauffeur, plus de fourrure ni de champagne en geyser. Seul vestige d’un luxe défunt, le valet de chambre Robert Hermanjat tente de faire oublier que ce sont des assiettes pour chat qui servent désormais de vaisselle.