Edition

La Suisse racontée par un Suisse

Le journaliste André Crettenand publie un joli petit livre sur son petit pays

«L’excellence habite ce pays». Dans son petit bouquin intitulé «Suisse. L’invention d’une nation», André Crettenand ne tarit pas d’éloges sur ses origines. Cet ancien journaliste à «L’Hebdo» et à la TSR, aujourd’hui directeur de l’information à TV5 Monde, est l’auteur d’un «décodeur» de la Confédération sorti en octobre dans la collection l’âme des peuples, aux Editions Nevicata, dirigée par Richard Werly, correspondant permanent à Paris pour «Le Temps». Chaque volume cherche ainsi à retracer les racines culturelles et religieuses de pays parfois égaré dans les méandres de la mondialisation. En 49 pages, André Crettenand raconte donc plus de 500 ans d’histoire helvétique.

Le livre s’ouvre sur le récit de Guillaume Tell, mythe fondateur de la Suisse, et se termine avec l’Homo alpinus, peuple prospère, multilingue et multiculturel, qui poursuit en 2016 sa course vers la perfection. En chemin, André Crettenand oscille entre éloges et critiques au sujet de cet état presque trop florissant pour être honnête, trop peu connu pour en valoir la peine et trop lisse et heureux pour exister.

«Source d'admiration et de jalousie»

Et pourtant la Suisse existe. La formule secrète de son succès? Mystère. Mais il y a quelques pistes. Ses lacs, ses montagnes, sa neutralité, son système politique, ses villes, ses villages, ses langues, son besoin de perfection et d’ordre, ses produits exportables au-delà de frontières peu franchissables. Une Suisse qui parvient à tirer profit de tout, même lorsqu’on la restreint à sa place de petit pays cerné par de beaucoup plus grands. «La Suisse n’avait pas besoin d’étendue, elle avait déjà de la hauteur», écrit l’auteur. Ce n’est pas l’apparence qui compte, c’est l’intérieur. Et son intérieur, selon André Crettenand, est infini de ressources. «Ce qui lui vaut autant d’admiration que de réprobation jalouse.»

Un peu mal à l’aise de s’entendre parler de son propre pays de si belle façon, un peu mal à l’aise, surtout, d’en ressentir la fierté qu’en tant que bon Suisse on nous a appris à contenir. Mais la modestie du lecteur se voit emportée par un sentiment de justesse d’une Suisse racontée par un des siens. Un livre pour comprendre les Suisses, qui rappelle à ceux qui y habitent pourquoi ils s’y sentent si bien et à ceux qui sont partis pourquoi ils veulent y revenir. A l’instar de son auteur, chez qui on sent poindre une douce nostalgie pour ce pays privilégié qui «n’a pas été entraîné dans les malheurs du monde».


André Crettenand, «Suisse. L’invention d’une nation», Ed. Nevicata, 49 p.

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