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Alinka Echeverria, Maria, Julien, Eniola et Anais du projet Etrangement familier.
© Alinka Echeverría

Photographie

La Suisse, dans le regard des autres

Pour marquer son centenaire, Suisse Tourisme a donné carte blanche à cinq photographes étrangers. Après Winterthour, le résultat est à voir au Musée de l’Elysée, à Lausanne 

Un pays bleu et blanc. Comme la Grèce, tiens. Mais la bichromie reflète ici les montagnes couvertes de neige et les lacs aux reflets azurés. La Suisse est un coffre-fort rempli d’images d’Epinal dont l’une surpasse toutes les autres: celle d’un paysage dessiné par les saillies alpines et les creux d’eau douce. Ce panorama a attiré les voyageurs, qui à leur tour ont façonné le panorama, à coups de peintures et de photographies. Pour célébrer son 100e anniversaire, Suisse Tourisme a souhaité un regard neuf et une exposition, actuellement au Musée de l’Elysée, à Lausanne.

«Nous devons sans cesse renouveler l’intérêt des touristes pour la Suisse. On va à Paris pour voir la tour Eiffel et on y retourne pour découvrir autre chose», éclairait Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme, en février dernier, alors que l’exposition était à découvrir à Winterthour, précisant que «la photographie a toujours été l’instrument privilégié de la promotion touristique».

La Fotostiftung de Winterthour et le Musée de l’Elysée ont donc été sollicités pour mandater cinq photographes étrangers. «Nous avons tenu compte de leur origine géographique, de la nature de leurs précédents travaux et de leur connaissance de la Suisse pour avoir une variété la plus large possible. Sans compter les contingences logistiques», note Tatyana Franck, directrice du musée lausannois et co-commissaire de l’exposition. Dans le casting, un Américain, un Anglais, un Chinois, une Mexicaine installée à Londres et une Allemande ont passé entre quatre et six semaines en Suisse l’année dernière. On peut déplorer l’absence d’un œil provenant du continent africain.

Génération métissée

L’exposition ouvre sur le très beau travail d’Alinka Echeverria. Au mur, le portrait d’un garçon au visage fin, cigarette à la main, ou celui d’une jeune fille en bikini prénommée Neige. Sur une table, un leporello alternant cartes topographiques anciennes et jeunesse métissée. «J’ai choisi de m’intéresser à la jeunesse car elle représente la Suisse de demain mais également parce que c’est une période chaotique pour chaque individu. Je me demandais comment une telle phase peut être vécue dans un pays où tout marche bien et où les règles sont nombreuses.» En réponse, la Mexicaine estime qu’une pression immense repose sur les épaules de nos adolescents, en termes d’orientation professionnelle avant tout. Comme pour relativiser, quelques dizaines de portraits Snapchat présentés sur plaque de verre – joli clin d’œil au médium – mettent en scène une génération légère et riante.

Comme il avait suivi la côte chinoise, Zhang Xiao, lui, a décidé de longer le Rhin en train, à vélo ou à pied, à la manière d’un parfait touriste. Volontairement, il a déambulé sans interprète et ne parlant pas un mot d’anglais. Ses clichés livrent ses étonnements et ses béguins, d’un tas de fumier à une étendue d’herbe en passant par des robes de soirée en plein selfie. Il n’y a pas de propos, juste des coups d’oeil mais il est toujours intéressant de découvrir les étonnements de l’autre face à sa propre culture. De courtes vidéos postées sur Wechat, le réseau social chinois, complètent l’inventaire par un smiley indicateur de vitesse en bord de route ou des vaches agitant les oreilles.

Plus conceptuel, Shane Lavalette s’est immergé dans les planches-contacts de Theo Frey. Pour l’Exposition nationale de 1939, l’homme avait photographié douze villages suisses, de Saint-Saphorin à Schwyz. L’Américain y est retourné, remplaçant les portraits de gosses d’avant-guerre par les vieillards d’aujourd’hui, dans une nouvelle grammaire visuelle. «Je me dis qu’ils peuvent être un lien avec Theo Frey, qu’ils auraient pu figurer dans ses images, et surtout qu’ils ont vu évoluer les lieux. Ce travail m’a permis de nouer une relation avec les gens. Avant, je considérais la Suisse comme un paysage, désormais je la vois comme un pays.»

Masse de touristes

Simon Roberts, de son côté, a photographié les touristes qui se tirent le portrait dans les sites les plus photographiés de la contrée. A Interlaken, Montreux ou sur le Pilatus, il montre les bras tendus vers l’appareil et les sourires plus ou moins crispés, toutes origines confondues. Via une application, il ajoute des vidéos, des images d’archives de la promotion touristique, des carnets de route anciens ou la possibilité de faire défiler les photographies postées durant les dernières 24 heures avec le hashtag Zermatt par exemple. Une réflexion passionnante sur le témoignage touristique et la construction d’une identité nationale.

Dans la dernière salle, l’Allemande Eva Leitolf confronte un lent diaporama de vues prises de part et d’autre de la frontière avec des textes évoquant la surveillance des confins, le déplacement d’une borne ou l’incident diplomatique ayant résulté du maraudage d’eau douce française par les Super Puma helvétiques pour abreuver les vaches du pays.

Au final, c’est une Suisse heureusement multiple qui se dessine, sans répéter le cliché mais sans éluder le paysage non plus. Le regard se distingue par la jeunesse des auteurs et leur volonté de conceptualiser plus que leur origine. A l’exception de Zhang Xiao, touriste assumé et bien plus talentueux que la moyenne.


Etrangement familier. Regards sur la Suisse, jusqu’au 7 janvier 2018 au Musée de l’Elysée, à Lausanne.

Catalogue en 5 livrets aux Editions Lars Müller Publishers.


Lire aussi: Ces clichés qui collent à la Suisse

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