Tom Tirabosco fait la Une du cahier spécial de Libération sur la bande dessinée et Angoulême, et les livres d'Ibn Al Rabin, Nicolas Robel et Frederik Peeters y sont évoqués sans que leur origine soit mentionnée, ou à peine: la bande dessinée francophone suisse n'est plus regardée comme une excroissance exotique du géant classique franco-belge. Elle est désormais considérée comme un vivier particulièrement fécond de talents émergents. C'est aussi à Nadia Raviscioni que la prestigieuse revue Bang! a commandé dix grandes pages originales en couleurs pour illustrer un dossier sur le sexe et l'intime (N° 3, été 2003), et la savante revue du Centre national de la bande dessinée et de l'image d'Angoulême, 9e Art, accorde une large place à la production des jeunes Romands dans ses critiques de nouveautés, pourtant très sélectives.

De mémoire de chroniqueur, jamais autant d'ouvrages d'auteurs suisses n'ont été publiés que ces derniers mois: selon un recensement sans doute incomplet, on en dénombre pas moins de 41 entre 2003 et ce début janvier, sans compter les recueils de dessins de presse ni la production alémanique non traduite. Ils se répartissent quasi à égalité entre les grands éditeurs et les petites structures éditoriales romandes, mais aussi belges, françaises et québécoises.

Les trois mousquetaires de l'édition genevoise poursuivent leur travail de prospection, mais aussi de confirmation de leurs poulains: Drozophile est à Angoulême avec les mini-albums d'Exem et Meta Maw d'Alex Baladi, qui y remonte son cube sierrois «fabrique à fanzines». Atrabile mise sur la suite de Lupus de Peeters, désormais vedette, et entraîne dans son sillage Ibn Al Rabin, dont le Retour écrémé, dans un style dépouillé à l'extrême, proche des pictogrammes, évoque le monde peu communicant des zombies. Nicolas Robel, qui sort un 87 Blvd des Capucines très onirique en français, mais aussi en anglais, chez les Canadiens de La Pastèque, enrichit aussi en tant qu'éditeur de BüLb comix sa collection 2 [w], où des dizaines d'auteurs suisses, européens et américains s'expriment sur des petites BD de 6 cm sur 4 en accordéon. De son côté, Pierre Paquet joue dans la cour des grands, et récolte distinctions et nominations (voir ci-dessus): il a sorti 25 albums en 2003, essentiellement d'auteurs étrangers.

A noter enfin chez les grands éditeurs, parmi les Cosey, Derib, Ceppi, Tirabosco, Marini (Bâlois, mais il publie en français), Zep et autres Buche et Bertschy de la bande à Tchô, le retour de Daniel Koller, un auteur discret, qui a publié chez Dargaud Mayam, un classique mais excellent récit de science-fiction sur un scénario du Belge Stéphan Desberg.

BüLb comix expose les travaux de la cinquantaine d'auteurs de la collection en petites boîtes 2 [w] à la galerie Jan Ken Poï, 11, rue de l'Ecole-de-Médecine à Genève, du mardi au samedi, l'après-midi. Finissage samedi 31 dès 18 h 30 (022/329 72 00).