Il est considéré comme le premier photoreporter suisse. Fait d’armes? Avoir photographié l’attentat contre l’avocat d’Alfred Dreyfus, à Rennes en 1899. Après cela, le biennois Jules Decrauzat a sillonné les continents américain et européen, couvert la guerre des Boers. En 1910, il rejoint La Suisse sportive, revue illustrée éditée à Genève, pour laquelle il travaillera jusqu’en 1925. C’est à cette partie de sa carrière que rend hommage le Photoforum Pasquart, après la Fondation suisse pour la photographie.

Mille deux cent cinquante négatifs sur verre datant de 1910 à 1925 ont été découverts dans les archives de l’agence Keystone. Un important travail de recherche a permis de les recontextualiser, de monter cette double- exposition et de publier un livre aux éditions Echtzeit Basel. Les images racontent à la fois la démocratisation du sport et les progrès de la photographie pour capter des instantanés.

Course des Alpes de l’Automobile Club Suisse en 1914 ou horde de motards dans les rues de Lausanne, les compétitions s’enchaînent devant l’objectif de Jules Decrauzat, formé à la sculpture. Entre premières berlines et chapeaux cloches des passagères, les clichés sont pittoresques. Les combats de boxe, les matchs de tennis et les exploits aériens sont suivis de près par le reporter. Ses clichés tentent d’attraper l’action – une nouveauté de l’époque – et montrent un sport aux allures bon enfant, presque amateur. A Lausanne en 1919, les sprinteurs courent entre des ficelles tendues accrochées à des piquets. Sur leurs t-shirts, ni marques ni sponsors.

Les Jeux olympiques ont été relancés à Athènes, en 1896, et les citoyens commencent à se passionner pour les compétitions de toutes sortes. L’idée qu’il faut entretenir son corps tend à se répandre également. La presse contribue à populariser le sport, et vice-versa: les exemplaires de La Suisse sportive étaient épais comme des annuaires.

En 1925, Decrauzat quitte la revue pour devenir notamment président de la commission nationale du sport de l’ACS puis membre du comité organisateur du Salon de l’automobile de Genève. Il rejoint ensuite La Patrie suisse puis Le Journal de Genève. Lorsqu’il meurt en 1960, on estime que sa production photographique contient 80 000 négatifs. Seuls ces 1,5% semblent avoir subsisté.

«Jules Decrauzat, un pionnier du photoreportage», du 31 janvier au 10 avril 2016 au PhotoforumPasquArt, Bienne.