Un vent glacial s'engouffre dans la rue de Castiglione et tourbillonne à l'entrée de la rue de la Paix. Le soir est tombé sur la place Vendôme. De petites taches lumineuses pâlottes, projetées par des boules tango, dansent sur les façades construites à l'orée du XVIIIe siècle. Des adolescents qui parlent espagnols s'approchent d'une grosse boule de plastique argenté, et se mettent à la malaxer pour y faire des grimaces en déformant leur image. Un homme au blouson barré par l'inscription «police» s'approche et crie: «Pas toucher».

Le groupe s'éloigne. Un peu plus loin, deux jeunes en casquette tâtent une boule, transparente celle-là, qui abrite un tas de bois surmonté d'une affiche, et s'en servent comme d'un punching-ball. Le policier, véloce: «Pas toucher». On retrouve les Espagnols alignés en rang d'oignons devant une autre boule miroir. Ils ont confié leur appareil photo à un passant qui fixe pour l'éternité leur reflet tordu dans la surface courbe.

Voilà sans doute, le policier en moins, ce qu'on peut tirer de mieux d'une manifestation organisée par Suisse Tourisme pour le centième anniversaire de la promotion du tourisme suisse à Paris. Au départ (LT du 17.09.2004), le projet était séduisant. Il s'agissait de construire un décor de Noël sur l'une des plus somptueuses places de Paris pour «montrer une Suisse très différente des cartes postales», selon le directeur de Suisse Tourisme France. Une Suisse capable de répondre aux besoins de ces nouveaux voyageurs qui aiment passer du sport à la culture et de la montagne à la ville.

Il y a donc ces sphères de plastique, reliées au réseau par des câbles qui courent sur le sol et qui sont fixés par de larges bandes collantes noires. Il y a les boules tango au sommet de mâts rectangulaires couverts de miroirs qui projettent une lumière écrasée par l'éclairage de la place. Et, aux quatre coins de la place, les «écrins», des baraques plutôt trapues à l'intérieur desquelles devraient surgir les figures du rêve.

Dans l'une d'entre elles, deux trains électriques miniatures circulent sur une montagne en carton-pâte que l'on devine à travers des trous percés dans les parois, et quelques écrans trop petits où défilent des paysages. Dans une autre, d'autres écrans avec d'autres paysages au-dessus de l'image peu distincte d'une eau jaillissante. Dans la troisième encore un écran, en partie caché derrière une croix fédérale, qui présente les «Suisses en vue». La quatrième, conçue par le Centre culturel suisse qui s'en sort à peu près à son avantage, accueille une projection vidéo alors que par un trou du plancher on aperçoit, difficilement, une jolie installation de Pipilotti Rist; elle est surmontée d'un petit clocher gonflable jaune et flanquée d'un panneau publicitaire détourné par des artistes.

Le tout, qui a pour nom Sensations suisses, manque de sensationnel et peine à se faire voir dans la beauté de l'architecture comme dans le flot des véhicules qui circulent tout autour.

L'opération dure jusqu'au 5 janvier. Elle aura coûté à peu près 1 million 125 000 francs, dont 60% aux frais de Suisse Tourisme. C'est beaucoup moins qu'une campagne d'affichage de quinze jours dans la région parisienne (2 millions), nous précise l'attaché de presse de Suisse Tourisme à Paris. A condition que la presse et la télévision veuillent bien relayer ce spectacle méchamment concurrencé par les illuminations des grands magasins qui sont à quelques minutes de marche. Et à condition que le message ne soit pas brouillé par cette scénographie confuse.

Sensations Suisses. Place Vendôme, Paris. Jusqu'au 5 janvier.