J’ai quitté ma Tunisie natale pour la Suisse il y a sept ans, à l’âge de 25 ans. Il s’agissait de venir effectuer mes études et d’obtenir mon diplôme d’ingénieur électricien au Locle. Je suis désormais installé dans cette ville neuchâteloise avec mon fils de 3 ans et demi et ma femme, une Suissesse. Je suis également membre bénévole de l’Institut culturel musulman de La Chaux-de-Fonds. En tant que musulman pratiquant, j’ai naturellement été choqué par l’initiative UDC, mais nous sommes dans un pays démocratique. Heureusement que la votation populaire existe. Tous les citoyens suisses, de par leurs composantes culturelles diverses, vont ainsi pouvoir s’exprimer, et je suis convaincu qu’ils auront l’intelligence d’y voir un faux débat et beaucoup d’amalgames. Car, aujourd’hui, beaucoup d’entre nous font face aux mêmes interrogations: pourquoi ce débat si tardivement? Pourquoi le minaret? Pourquoi nous refuser un droit qui n’a jamais été remis en question préalablement? Je ne trouve aucune explication.

Je suis personnellement favorable à la construction de minarets. Les musulmans de Suisse ont le droit d’avoir un symbole les représentant, et prouvant qu’ils ne sont pas en train de se cacher. Nous sommes là, musulmans, en Suisse et désireux de nous intégrer. Mais tous ne partagent pas ce point de vue. Les communautés musulmanes sont même divisées sur la question. Certains estiment que le minaret n’est pas une obligation pour vivre pleinement sa foi en Suisse. D’autres, comme moi, revendiquent au contraire le besoin de s’exprimer dans le cadre d’un débat démocratique. Et je ne compte pas être passif.

Je peux également comprendre les réticences de la population, bien que, de mon point de vue, il ne s’agisse que de méconnaissance. Le Suisse trouve le musulman étrange, mais pas étranger. Je me sens d’ailleurs très bien en Suisse, mais je suis toujours en phase d’intégration. Et c’est normal. Car, contrairement aux juifs, les musulmans peuplent l’Europe depuis 50 ans seulement. Il faudra par conséquent plusieurs générations pour intégrer au mieux tous les domaines de la société occidentale et la sphère politique.

Jusqu’au 29 novembre, nous donnons la parole à des musulmans de Suisses, croyants ou non. Plus sur www.letemps.ch

L’islam et moi