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«Les Suisses», docu-fiction propre en ordre

La SSR dévoile les films phares de son opération censée explorer la suissitude. Qui doit beaucoup à son modèle allemand, et à Jean-Luc Bideau

La RTS dévoile ce soir Nos ancêtres les Schwyzois, premier des quatre téléfilms de docu-fiction Les Suisses. Ces productions voulues par la maison mère SSR constituent les points forts d’une vaste opération nationale durant le mois de novembre. Ce survol historique débute autour de 1315 avec Werner Stauffacher, landammann schwyzois; il y aura ensuite le bourgmestre de Zurich et commandant des troupes zurichoises à la bataille de Morat, Hans Waldmann, ainsi que Nicolas de Flüe; puis le général Dufour, enfin deux figures de la deuxième partie du XIXe siècle, dont Alfred Escher.

Sur le fond, cet élan patriotique du géant de l’audiovisuel public peut faire ricaner. Les films, eux, se laissent regarder sans déplaisir, même si la pertinence générale de la démarche reste à prouver. Le format mêle scènes reconstituées, images actuelles et brèves interventions d’historiens, notamment Jean-Jacques Langendorf et François Walter. Certains choix scénaristiques paraissent subtils, tout au moins précautionneux: ainsi, la légende de Guillaume Tell est présentée comme telle, sous la forme du chant d’un troubadour. Ou la problématique bataille de Morgarten se trouve mise à distance critique. Ce qui, en sus, permet de limiter la facture. Parfois, l’informatique pallie le manque de moyens pour de rares évocations de batailles à gros effectifs.

Passé les innombrables comités qui ont dû s’affairer, et s’affoler, au sein de la SSR pour élaborer les concepts de l’opération, ces films semblent finalement tenir à peu de chose. Des auteurs plutôt avisés; des comédiens convaincants, par exemple, Michael Neuenschwander en Werner Stauffacher, Michel Voïta en Guillaume-Henri Dufour ou Gilles Tschudi en James Fazy; un réalisateur, Dominique Othenin-Girard (After Darkness, Halloween 5) qui a tenu à tourner en Suisse – touche d’authenticité – et qui a profité de l’expérience acquise avec Henry Dunant, du rouge sur la croix – les ­quatre docu-fictions sont toutefois moins crus dans leur représentation de la violence de leurs époques.

La carte Jean-Luc Bideau

Surtout, pour les francophones, il y a Jean-Luc Bideau en narrateur, avec ce ton d’ogre bonhomme qui lui est propre. La vénérable grande gueule genevoise, le macho d’Et la tendresse? Bordel! qui faisait fièrement tournoyer son zob, se fait grand-papa de la nation. Par-dessus les vallées et les lacs, le père de l’actuel directeur de Présence Suisse conte les tourments d’un pays. Sur un ton enjoué et apaisant à la fois, voire avec gourmandise, ainsi quand il doit réciter à propos du pillage du monastère d’Einsiedeln: «Les paysans s’enhardissent pour bouffer du moine.»

Au reste, ces téléfilms s’inspirent d’une démarche allemande menée de 2008 à 2010, en 15 chapitres que ZDF rediffuse toujours, Die Deutschen. Les grammaires narratives et visuelles se ressemblent, les séquences d’introduction sont symétriques. La SSR veut raconter la quintessence historique de l’être helvétique; prudente, elle s’y essaie en appliquant une recette et des codes rodés ailleurs.

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