Avec les nominations récentes à la tête de trois grandes maisons ou festival, le visage du milieu théâtral zurichois a changé. Le Schauspielhaus, le Theater am Neumarkt et le festival Theater Spektakel savent désormais de quoi leur avenir plus ou moins proche sera fait. Or à trois directeurs venus d'Allemagne ou d'Autriche vont succéder des représentants culturels tous nés en Suisse. Zurich, la grande ville, aurait-elle des tendances de province?

Ces nominations récentes ont réveillé ces derniers jours des commentaires disputés parmi les observateurs de la scène zurichoise. «Qui profite de cette situation, l'art ou les représentants de la politique culturelle? Les soupçons sont lourds», s'interrogeait ce jeudi la rédactrice culturelle de la Weltwoche.

La directrice du Schauspielhaus dès 2009, la metteuse en scène Barbara Frey, Bâloise d'origine, est connue depuis un mois environ. La semaine dernière, ce sont les noms des responsables du Theater Spektakel, principal festival suisse des arts vivants et du Theater am Neumarkt qui ont été révélés. Dès novembre 2007, l'actuel codirecteur du théâtre Schlachthaus de Berne, le Zurichois Sandro Lunin reprend les rênes du Theater Spektakel organisé chaque année à la fin du mois d'août. De leur côté, les deux trentenaires Barbara Weber et Rafael Sanchez assumeront dès 2008 la direction artistique du Neumarkt, scène connue pour son travail expérimental.

Ces postes clés sont actuellement occupés par des dirigeants venus d'Allemagne (Matthias Hartmann au Schauspielhaus, Maria Magdalena Schwaegermann au Theater Spektakel) et d'Autriche (Wolfgang Reiter au Neumarkt). Or, on a souvent entendu, et les fréquentations le confirment, qu'ils éprouvaient une difficulté à s'intégrer dans le milieu culturel zurichois. Une résonance du lieu leur a fait défaut, relève Peter Müller, critique théâtral et auteur d'une tribune libre dans le Tages-Anzeiger. Ils n'ont pas marqué la ville de leur empreinte. Du coup le choix de leur successeur, les autorités culturelles de la Ville ne l'ont pas caché, s'est aussi voulu plus attentif aux «spécificités locales», notamment pour le Neumarkt et le Theater Spektakel. Ce retour aux sources inquiète certains observateurs qui, sans nier les qualités des nouveaux élus, redoutent un choix plus politique que culturel.

Toujours est-il que les nouveaux élus sont tous au bénéfice d'une riche expérience - aussi à l'étranger - et ont déjà montré qu'ils savent échapper au redouté provincialisme. Les commentateurs se réjouissent aussi de voir des Suisses assumer des fonctions d'importance dans leur propre pays. Pour le reste, on attendra les premiers spectacles pour juger.