Henri Bertaud du Chazaud. Dictionnaire de synonymes et mots de sens voisin. Gallimard, coll. Quarto, 1866 p.

Son premier dictionnaire des synonymes, épuisé, remonte à 1971. Depuis, il n'a cessé de remettre l'ouvrage sur le métier jusqu'à ce Dictionnaire de synonymes et contraires (Le Robert, 1992, revu en 2001) qui répertoriait en 30 000 entrées plus de 300 000 synonymes et équivalents. L'ouvrage a été couronné par l'Académie française, mais cela n'a pas suffi à Henri Bertaud du Chazaud. L'ex-professeur de linguistique à l'Université de Besançon, à la Sorbonne et à l'Ecole pratique des hautes études s'est remis au travail pour livrer la somme de trente-cinq ans de recherches avec l'un des plus imposants monuments portatifs de la collection Quarto: soit, en plus de 1800 pages sur papier bible, 60 000 entrées et près d'un million de synonymes, mots de sens voisin et locutions!

Comment, sans se répéter, dire aussi bien (et parfois mieux) la même chose? Tous ceux qui écrivent sauront gré à l'auteur de ce dictionnaire de leur fournir un tel inventaire des synonymes, c'est-à-dire des mots ou des locutions ayant le même sens et la même fonction grammaticale, qu'il a enrichi par le recours à l'analogie (grâce à de multiples renvois) et l'encyclopédie: ainsi l'entrée fleur comporte-t-elle une liste de celles citées par des écrivains, et l'entrée pâtisserie de nombreuses spécialités gourmandes parmi lesquelles nos biscômes et nos bricelets.

La maquette aérée de l'ouvrage et sa typographie très claire garantissent une consultation rapide à l'usager en panne au milieu d'une phrase. Classées par affinités, des séries de mots constituent autant de nébuleuses autour de chaque entrée développée, chacune faisant l'objet de renvois à des mots de sens voisin. Et des indications précises permettent de nuancer ou de colorer le propos, s'agissant des termes anciens, régionaux, savants, familiers ou argotiques (y compris l'argot scolaire), du vocabulaire des métiers ou des acceptions «légèrement péjoratives», péjoratives, voire injurieuses.

Quelques exemples de la richesse de ce dictionnaire? L'adjectif «fragile», qui n'avait que trois synonymes dans Le Robert de 2001, en totalise ici 17 dont casilleux (terme technique s'appliquant au verre), gélif, résistible, sécable et sectile. Le mot «écrivain», lui, a pour équivalents 71 termes généraux ou spécialisés, d'adaptateur à vaudevilliste, plus une bonne trentaine de qualificatifs plus ou moins injurieux: barbouilleur, écrivaillon, pisse-copie et j'en passe. Quant au verbe «tuer», qui compte parmi les plus longues entrées, il est non moins représentatif d'une invention langagière débridée, avec plus d'une centaine de synonymes familiers ou argotiques: cela va d'arquebuser et bigorner à zigouiller, en passant par le pittoresque faire passer le goût du pain.