Sur son écran d’accueil, la plateforme Netflix met bien en évidence, parfois jusqu’à l’écœurement, ses productions maison. Malheureusement, elle est moins réactive lorsqu’il s’agit de défendre des films plus fragiles, achetés pour alimenter son catalogue mais souvent rendus invisibles par des algorithmes qu’il serait bien de pouvoir formater selon ses envies. Ainsi, dans la catégorie «films primés», vaste étiquette derrière laquelle on trouve de tout, se cache A Sun, un très beau long métrage taïwanais qui a connu sa première mondiale en septembre 2019 à l’enseigne du TIFF (Toronto International Film Festival).

Acheté dans la foulée par le géant du streaming, qui l’a mis en ligne il y a près d’une année, il fait partie de ces films qui auraient bien besoin d’une exploitation traditionnelle et d’un vrai travail de promotion pour exister. Cinquième long métrage de Chung Mong-hong, révélé en 2008 à Cannes avec Parking, il n’a en effet que très peu été commenté par la presse spécialisée, alors qu’à certains égards, il rappelle Yi Yi (Edward Yang, 2000), qui à la faveur d’un excellent bouche-à-oreille avait connu un joli succès d’estime.

Famille au bord de l’implosion

A Sun s’ouvre sur un acte de violence d’autant plus surprenant qu’il s’accompagne d’une douce mélodie en décalage total avec ce qu’elle illustre. Faisant irruption dans un restaurant, Radish agresse brutalement un client et lui tranche la main. A ses côtés, son ami A-Ho devient complice involontaire. Condamné à 3 ans de détention dans un centre pour délinquants, c’est lui qu’on va suivre, ainsi que sa famille et Xiao-Yu, la jeune fille qui attend son enfant. Tandis que la mère d’A-Ho va tout faire pour aider Xiao-Yu, son père va au contraire se replier sur lui-même et renier ce fils qu’il estime coupable et méprisable; pris en étau, son frère va tenter de trouver sa place dans cette famille au bord de l’implosion.

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Avec A Sun, Chung Mong-hong se pose en héritier d’Edward Yang et de Hou Hsiao-hsien, hérauts de la nouvelle vague du cinéma taïwanais qui, dans la foulée d’un mouvement né à Hongkong la décennie précédente, a amené dans des films à visée essentiellement commerciale des préoccupations sociales. La subtilité avec laquelle le cinéaste passe d’un personnage à l’autre sans jamais les juger, tout en prenant le temps en plus de 150 minutes de ménager d’intéressants virages narratifs, est la source d’un voyage émotionnel comme on en a trop peu connu depuis dix mois et les nombreuses sorties décalées.


A Sun, de Chung Mong-hong (Taïwan, 2019), avec Wu Chien-ho, Chen Yi-wen, Samantha Ko, Greg Hsu, Apple Wu, 2h36. Disponible sur Netflix.