Sur l'écran, les images granulées, nocturnes et mystérieuses défilent. Des fragments hypnotiques de pulsations urbaines capturées dans un environnement proche (Genève, Zurich, Berlin) et éloigné (Tokyo, Montréal, Toronto). Dans les oreilles, une musique pour accompagner les rétines, qui mélange les sons organiques des instruments et ceux synthétiques des machines. Ce sont les ingrédients de l'objet inclassable du moment. Sobrement baptisé Super 8 - le format de ses images -, ce projet paru il y a quelques mois sous forme de double disque, DVD et CD, crée une osmose idéale entre cinéma et musique. Il a été conçu par le réalisateur Pascal Greco et le musicien Kid Chocolat. Dimanche, l'objet inclassable quitte ces supports inanimés et prend vie au cœur de La Bâtie pour une projection accompagnée par plusieurs musiciens.

Une formule années 60

Le binôme cinéma et musique que convoquent les deux artistes n'aurait rien d'exceptionnel si leur démarche ne se démarquait de ce que l'on entend communément par cette association. Cinéphile de long cours, Kid Chocolat a toujours utilisé le 7e art comme un gisement d'où extraire les matériaux pour ses boucles. Le fondateur de Poor Records, un des labels les plus actifs et passionnants en Suisse romande (Love Motel, Gina & Tony, Solange La Frange et POL font partie de l'écurie), veut renouer avec une tradition oubliée: «Super 8 s'inspire d'une formule en vogue dans les années 60, quand des B.O. comme celles d'Ennio Morricone trouvaient un prolongement plus développé sur le disque. Ainsi, notre DVD ne fait que citer une partie des morceaux présents sur le CD.»

Ce retour à une conception oubliée se double d'un travail de haute précision dans la synchronisation des images et du son. C'est là que réside précisément la force de ce projet artistique, qui a le pouvoir d'annuler la primauté habituelle de l'écran sur la musique. Sur Super 8, on ne pourrait établir qui des deux habille l'autre, qui dit le discours et qui l'accompagne. Le rythme des séquences, avec ses accélérations, ses coups saccadés, demeure à tout moment collé à celui de la musique; la texture des images trouve un écho dans les partitions.

Pascal Greco, actif dans le monde de la mode au sein du collectif de photographes et cinéastes Fashionshow, a repris Super 8 pour les besoins du spectacle présenté à La Bâtie: «Sur scène, les équilibres seront quelque peu bouleversés. J'ai remonté les images pour un live qui durera 45 minutes au lieu des 30 du CD. Les instruments vont dès lors prendre le dessus et je vais de mon côté me synchroniser sur leur rythme.» Les deux artistes estiment que, dans la version concert, le projet acquiert une nouvelle densité.

Autour de Super 8, Manitoba, rue du Stand 3bis à Genève. Di 7 sept. dès 20h. (Rens. http://www.batie.ch)