Piteuses prémices. Sous un Club Tent aux allures de vestibule encombré, les Genevois de Brazen consument leurs refrains de soufre. Las! Les guitares embrasées du quatuor peinent à faire entendre leurs harmonies subtiles à travers l'amplification calamiteuse de la tente nyonnaise. A quelques pas de là, sur la Grande Scène, Zazie s'époumone sur une orchestration que qualifier de «soupe «ferait insulte aux vertus salutaires des potages. Et voilà que la pluie survient, douchant les ardeurs festivalières d'un début de soirée sans éclat. Très vite, tout le monde a trouvé le chemin du Chapiteau, où Supergrass promet de modifier la donne.

Bienheureuse fusion

A peine entrés en scène, cependant, voilà que l'amplification les lâche, coupant net un morceau avant de zébrer régulièrement leur show de larsens intempestifs. Mais les Britanniques n'en ont cure. En nage dès les premières minutes, Gaz

Coombes et ses sbires ont suffisamment de bouteille pour piloter leur répertoire aux instruments, expulsant leurs brûlots power-pop comme on apaise une démangeaison.

Dix ans que les trois Londoniens (ici augmentés d'un clavier) dynamitent à grandes embardées distordues les préceptes ancestraux de la pop anglo-saxonne. D'adolescents malingres et imberbes, les voici devenus poupins, garnis de rouflaquettes comme un quarteron de hobbits. Mais leur musique à vif n'a guère pris de brioche, continuant d'entrelacer en trois minutes chrono mélodies pop irrésistibles, saturations punk et lâcher-prise hippie. Une fusion bienheureuse, condensant pour un public majoritairement adolescent quatre décennies de rock à guitares. Resserré sur son répertoire le plus véloce, alignant les tubes de ses quatre albums («Moving», «Pumping On your Stereo» et le légendaire «Caught By The Fuzz»), le groupe parvient même à déclencher le premier mouvement de foule de ce 28e Paléo. Ouf, la fête peut enfin commencer.