Exposition

Les super-héros, du fœtus au chagrin d’amour

La Maison d’Ailleurs multiplie les événements autour des personnages de comics. A commencer par la présentation d’œuvres d’art contemporain

Les super-héros, du fœtus au chagrin d’amour

Expositions La Maison d’Ailleurs multiplie les événements autour des personnages de comics

A commencer par la présentation d’œuvres d’art

Samedi après-midi, dans Yverdon-les-Bains refroidie par les ­crachins, les super-héros étaient peut-être bien dans cette foule de curieux qui attendaient le long des rues non pas un cortège de carnaval, non pas la caravane du Tour de France, mais… la Batmobile. Osera-t-on dire sans fâcher les fans qu’elle perd beaucoup de sa superbe une fois sortie du film de Tim Burton? Mais peu importe, il y avait vraiment quelque chose de ces grands événements populaires ou sportifs dans le ­vernissage organisé à la Maison d’Ailleurs. Tous affrontaient le mauvais temps dehors et l’affluence dedans pour apercevoir une exposition sur les super-héros. Plusieurs expositions en fait.

La Maison d’Ailleurs a multiplié les angles, de façon encore plus accentuée que ne l’avait fait le ­Service culturel de Meyrin en janvier, avec une exposition à la fois dense et agréable sur le même thème (lire LT du 24.01.2014). Ici, les différentes salles sont dévolues à des traitements parallèles. Et l’on commence par activer les mémoires, celles des visiteurs, qu’on appelle à plonger, selon leur gé­nération, selon l’ampleur de leur passion pour le genre aussi, dans les décennies du XXe siècle, avec à chaque fois quelque objet mythique de l’histoire des super-héros. Ce sont surtout des comics en vitrine, mais aussi une invitation à s’arrêter où l’on veut sur une ­flèche du temps interactive pour ­découvrir les ouvrages, les films de ces années-là.

Interactivité douce à l’étage également, où l’on peut par ­exemple entendre Barbra Streisand se prendre pour Superman («Peut-être que je peux voler comme un oiseau…») en 1977. On le voit, les super-héros ont un ­pouvoir de transformation extrême, qui leur échappe finalement tout à fait, puisque chacun se les approprie, selon ses besoins.

A commencer par les artistes visuels, qui apprécient leur identité souple, qu’il s’agisse de leurs pouvoirs, de la nature de leurs combats, de leur plastique même. A Yverdon, le choix des artistes est complètement renouvelé par rapport à Meyrin, ce qui est révélateur de la foison de créateurs inspirés par les super-héros. Les images les plus frappantes sont sans doute celles de ces fœtus qu’Alexandre Nicolas, de Toulouse, enferme tels des bijoux précieux dans des cubes en cristal de synthèse. Ils sont tous là, faibles et attendrissants: Captain America, Spider-Man, Cat­woman, Hulk… Dans la même salle, les photographies d’Audrey Piguet, diplômée de l’Ecole de photographie de Vevey, livre les clichés des mêmes personnages, mais qui auraient traversé déjà un bon bout de vie. Ils sont usés, peinés, démunis.

Les super-héros partageraient-ils donc notre destin de mortels? C’est aussi ce que sous-entend, mais avec d’autres enjeux, cette sculpture christique de Superman que le Romain Adrian Tranquilli a encastrée dans le mur. Elle est blanche, avec le stigmate de la lance du soldat sur la poitrine devenu sang d’argent. Le lien à l’histoire religieuse mais aussi à l’histoire de l’art est clair. Comme dans cette pièce du même artiste où Wolverine est agenouillé devant une toile blanche qu’il a griffée, comme le faisait l’artiste italien Lucio Fontana dans les années 1960.

Les tableaux trash du Français Gilles Barbier, avec leurs héros ­débordant de graisse, forment aussi un contraste avec les découpages tout en finesse de Mathias Schmied. L’artiste suisse découpe les pages des bandes dessinées, travaillant la structure même des planches, leur dynamisme, avec un sens graphique évident. Il évide, fait apparaître l’âme même de la page. Certains travaux sont d’une belle complexité mais les plus simples sont aussi les plus fascinantes.

On ne quittera pas la Maison d’Ailleurs sans passer par l’Espace Jules Verne, plein à craquer de créations graphiques, vestimentaires et de bijouterie liées aux héros. Toutes sont dues à l’imagination, et au savoir-faire, des étudiants de l’Ecole d’arts appliqués de La Chaux-de-Fonds.

Superman, Batman & Co… mics!, La Maison d’Ailleurs, Yverdon-les-Bains, jusqu’au 21 septembre. www.ailleurs.ch

La sculpture christique de Superman est encastrée dans le mur

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