Il n'existe pas de mot pour désigner un père ou une mère ayant perdu son enfant. «Orphelin de son fils», le journaliste Michel Pont confie dans un petit livre sans apprêt la douleur intolérable qu'il tait depuis qu'Antoine, 4 ans, est mort noyé en mai 2001. Au moment où il écrit, trois ans après, il ne comprend toujours pas l'expression «faire son deuil»: pour lui, sa vie s'est arrêtée avec les cinq jours d'agonie de son petit garçon, qu'il a veillé aussi longtemps que possible.

Parce qu'il a pris conscience que peu de personnes supportaient de l'écouter parler du disparu, d'exprimer son chagrin, sa culpabilité, sa colère, sa révolte, il s'est replié sur lui-même et sa vie avec sa femme et leurs deux enfants «survivants», au risque de se couper de toute vie sociale. Egalement incapable de faire semblant ou de supporter des remarques qu'il juge blessantes sur l'oubli nécessaire, il s'est réfugié dans le travail et dans le souvenir de son fils: ainsi, afin de conjurer l'amnésie qui l'a frappé après la noyade, a-t-il passé des mois à visionner ses films vidéo pour faire un montage d'une douzaine d'heures sur la vie d'Antoine.

La mort familière

L'image du petit corps sans vie au sortir de l'eau, avec ses yeux révulsés, continue aujourd'hui de hanter Michel Pont. La mort lui est devenue familière, avec le sentiment d'être lui-même en sursis. «Clairement fâché avec Dieu», il a trouvé du réconfort en consultant une femme médium et en lisant quelques livres dont celui d'Elisabeth Kübler-Ross sur La Mort et l'enfant. Mais il n'a toujours pas accepté la perte de son fils et son besoin de silence et de solitude s'est accru de la rupture avec un grand nombre de ses relations. Pour autant, Michel Pont n'a pas le sentiment de négliger son fils aîné et sa fille cadette (c'est d'ailleurs pour eux, plus tard, qu'il écrit ce livre). Et le bébé né en automne 2004 n'est pas là pour remplacer Antoine, mais pour aider ses parents à lui survivre.

Survivre à Antoine de Michel Pont (Ed. de L'Aire, 140 p.).