Tristes jours pour la photographie romande. Après la disparition de Charles-Henri Favrod, fondateur du musée de l’Elysée, Suzi Pilet est décédée. Née à La Tour-de-Peilz en avril 1916, la Vaudoise s’est d’abord rêvée artiste de cirque, avant de se former à la photographie à Vevey et d’ouvrir un studio en 1949 à Lausanne, rue du théâtre. En 1958, elle déménage au Grand-Saint-Jean, où défilent des centaines de petits Vaudois devant son Rolleiflex.

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Mais les gosses des années 1950 apprécient surtout la dame pour les albums de l’intrépide Amadou, petit garçon imaginé avec son compagnon Alexis Peiry, un chanoine défroqué. Suzi Pilet y photographie une poupée de laine et de bois dans des décors naturels, une idée novatrice pour la littérature jeunesse de l’époque. Sept aventures paraissent entre 1951 et 1959, dont quatre ont été récemment rééditées par la Joie de Lire. Amadou sauve une fillette de la noyade, mais n’hésite pas à griller une cigarette en cachette. Une liberté qui est la marque de sa «maman», proche de Corinna S. Bille, Maurice Chappaz ou Grisélidis Réal.

Outre cette production à hauteur d’enfants, Suzi Pilet a réalisé de nombreuses photographies de voyages, des vues du Bois de Finges ainsi que des clichés oniriques, parfois proches du surréalisme. Le Musée de l’Elysée, chez qui elle a déposé ses archives, déplore la perte d’une «artiste atypique et non conventionnelle, l’une des premières femmes à vivre de son métier de photographe».