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Swann Arlaud sur l'affiche de «Petit Paysan», d'Hubert Charuel.
© DR

Cinéma

Swann Arlaud, une solide fragilité

A 36 ans, le comédien français trouve, dans le formidable «Petit Paysan», son premier grand rôle principal. Il était temps

Une silhouette à la fois frêle et solide, aérienne et terrienne. Swann Arlaud porte en lui cette ambivalence, qui en fait un acteur passionnant. A chacune de ses apparitions, même dans un rôle très secondaire, il se passe quelque chose. Le Français, né en 1981 dans les Hauts-de-Seine, attire irrémédiablement les regards. On se souvient notamment de son rôle dans la coproduction suisse Bouboule (2014), de Bruno Deville, où de vigile à chien au fonctionnement militaire il se muait peu à peu en grand frère de substitution. Cette année, enfin, il a droit à un grand rôle principal. Dans Petit Paysan, qui sort la semaine prochaine, il incarne un éleveur s’occupant seul de ses vaches laitières, et qui va se retrouver aspiré par une spirale infernale lorsqu’il tentera de masquer la maladie contagieuse d’une de ses bêtes.

En paysan taiseux prêt à tout pour ses vaches, Swann Arlaud est aussi convaincant qu’il l’était il y a deux ans en anarchiste du tournant du XIXe siècle (Les Anarchistes, d’Elie Wajeman) ou en soldat posté en Afghanistan (Ni le ciel ni la terre, de Clément Cogitore). Et lorsque face à un Gérard Lanvin passablement énervé d’être cloué sur un lit d’hôpital il apparaissait dans Bon rétablissement! (2014) en prostitué, cette comédie de Jean Becker se dotait alors soudainement d’une belle gravité. On sent le comédien fonctionner à l’instinct, plonger à corps perdu dans ses personnages, sans prendre le temps de penser psychologie, de réfléchir à leurs motivations profondes. Eh bien non, c’est même tout le contraire. Comme il le confiait en 2015 à Télérama, le cinéma lui sert de cours de rattrapage pour des études écourtées. Etre acteur lui permet de se cultiver, de «se nourrir intellectuellement», dit-il.

Méthode immersive

Lorsqu’il accepte un rôle, Swann Arlaud lit et se documente. Beaucoup. Il aime comprendre le milieu d’où vient son personnage, le contextualiser. Il aime aussi s’investir physiquement. Pour La Prunelle de mes yeux, comédie romantique d’Axelle Ropert présentée l’été dernier en compétition à Locarno, il s’est préparé en travaillant en compagnie de chiens d’aveugle, alors même qu’on le voit finalement assez peu dans le film. Idem pour Bouboule, qu’il a préparé en suivant une formation de vigile. Hubert Charuel, réalisateur de Petit Paysan, confirme dans le dossier de presse de son film cette méthode immersive: «C’était très important que Swann connaisse le milieu, connaisse les gestes. Si je ne croyais pas aux gestes de Pierre, je ne pouvais pas croire au personnage. Alors il est venu faire une semaine de stage chez des cousins de ma mère: vivre comme un paysan, travailler comme un paysan. Les cousins ne voulaient plus le laisser partir: «Il est hyper-fort, on a besoin de lui!»

A lire: «Bouboule», en avoir gros sur la patate au lard

Swann Arlaud était dans le fond prédestiné à jouer la comédie. Un grand-père comédien, une mère metteuse en scène et directrice de casting et un père chef décorateur lui ont très vite mis le pied à l’étrier, même s’il a un temps imaginé devenir écrivain – peut-être parce qu’il doit son beau prénom à Marcel Proust – avant de s’inscrire aux Arts décoratifs de Strasbourg. Mais en parallèle, il court les castings et décroche des apparitions dans des productions télé et quelques films. On ne sait plus trop quand on a pris conscience de son talent. Peut-être en 2010, lorsqu’il a enchaîné Les Emotifs anonymes, de Jean-Pierre Améris, et Belle Epine, de Rebecca Zlotowski. «A quand un rôle de premier plan dans un grand film?» interrogeait Télérama au moment de le rencontrer. Le voici donc, ce rôle tant attendu, et qui devrait lui valoir une nomination aux prochains Césars: dans Petit Paysan, il est de chaque plan ou presque, promène sa silhouette à la fois frêle et solide avec une classe renversante.

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