Imaginé par Ridley Scott en 2010, le concept Life in a Day («Un jour dans la vie») consiste à demander aux internautes de capter un fragment de leur existence à une date précise. Michael Steiner, le wunderkind du cinéma suisse (Mon nom est Eugène, Grounding, Wolkenbruch…) adapte l’idée au territoire helvétique avec Switzerlanders. Promu «directeur artistique», le réalisateur a trié 1408 heures d’enregistrements vidéo et monté les images de 135 contributeurs en ordre chronologique, dans un hétéroclisme thématique assumé.

Le 20 juin 2019 commence avec une ouvrière dans une boulangerie industrielle et se termine dans un grand moment d’œcuménisme quand à la prière vespérale du pâtre sur l’alpe saint-galloise répondent les liturgies de l’église catholique, de la mosquée et de la synagogue. Entre-temps, on aura vu des images familiales (deux gosses font un gâteau), folkloriques (fête de la lutte), des paysages alpins, des activités lacustres, un vol en parapente, de la camaraderie militaire, des trains qui passent, une échographie, un cervelas grillé, des amis des bêtes, des activistes du climat, du skate en Lavaux, le muret en pierres sèches d’un vigneron tessinois et, en guise de ratons laveurs, quelques chiens et chats. De rares excentriques émergent, comme ce misanthrope biennois insultant ses concitoyens, les Bernois et les Suisses ou le débile qui caresse la croupe de sa Maserati, la demande en mariage et pousse des hululements de jouissance en appuyant sur le champignon…

Lire aussi: «Wolkenbruch»: carpe farcie et farce flapie

Dépourvue de tout regard d’auteur, cette succession de vignettes insignifiantes, de lieux communs et de banalités constitue une chronologie de fragments du réel parfaitement inepte. L’équivalent cinématographique de la musique pour ascenseur. Switzerlanders est produit par 20 minutes (les premières séquences montrent l’impression et la distribution du gratuit) et ressemble à son commanditaire: il s’agit moins d’un projet éditorial que d’une incitation à la paresse intellectuelle.


Switzerlanders, de Michael Steiner (Suisse, 2010), 1h22.