Aux Siestes électroniques, il n'est venu qu'avec sa guitare. Et de quoi la mettre en boucle, alliant à ses strates d'arpèges hypnotiques de délicats murmures communiqués à l'instrument par le casque de son baladeur. Enfant du Sud-Ouest, Sylvain Chauveau a fui, lui aussi, Toulouse pour Paris, après dix ans passés à y quêter les traces d'une quelconque activité musicale. Aujourd'hui, si la ville l'accueille en fils prodigue, lui n'a plus besoin de Toulouse. Troisième disque publié en début d'année sur le label anglais Fat Cat (Sigur Ros, David Grubbs), Un autre décembre a révélé au monde attentif les charmes discrets d'un musicien hardi. Un piano taciturne, quelques frémissements numériques pour faire naître du silence envahissant l'une des musiques les plus belles et les plus nues du moment. Un peu comme si Yann Tiersen, en rupture d'Amélie, transcrivait du Morton Feldman dans un laboratoire obscur de l'Ircam.

Membre permanent des groupes Arca (rock instrumental) et Micro:mega (ambient), compositeur autodidacte, Sylvain Chauveau s'éloigne aujourd'hui du rock de ses origines. «A chaque fois que je rencontrais des musiciens américains, ils me demandaient pourquoi les Français imitaient la musique anglo-saxonne. Cela m'a incité à m'interroger sur nos racines musicales, et à tenter d'imaginer ce que pourrait être une musique typiquement française, aujourd'hui.» Remontant à Debussy, à Ravel, Sylvain Chauveau adopte alors pour instrument central le piano, essayant de plier leur univers harmonique au format court et répétitif de la pop. «L'autre grande invention française, c'était la musique électroacoustique. Je me suis dit que si j'arrivais à mélanger les deux dans ma propre création, je pourrais prétendre faire une musique typiquement française. Mon obsession est d'arriver à créer une musique bouleversante. Aussi simple et sublime que la 3e Symphonie de Gorecki.»

Un autre décembre (FatCat/Musikvertrieb).