Exposition

Sylvain Croci-Torti, la couleur seule

L’artiste d’origine tessinoise fait du monochrome sa principale source de création. Il expose jusqu’à lundi ses peintures murales d’une seule couleur à Carouge

En Suisse, on admet que la tradition de la peinture géométrique remonte à Max Bill. C’était juste après la guerre. L’artiste, designer, architecte zurichois imposait son abstraction rigoureusement mathématique. Et mettait notre pays à l’abri des tentatives de retour à la figuration. Cette peinture abstraite a perduré jusqu’à aujourd’hui. Notamment en Suisse romande à travers les œuvres d’Olivier Mosset, John Armleder, Christian Floquet, Francis Baudevin, Philippe Decrauzat et Stéphane Dafflon.

Tout nouveau dans ce peloton de têtes bien faites, Sylvain Croci-Torti, 32 ans et diplôme de l’Ecal, poursuit sur la même voie. Comme en montagne, l’artiste d’origine tessinoise emprunte la plus difficile, celle du monochrome, expression la plus radicale de l’abstraction.

Peintre rapide

Chez Joy de Rouvre à Genève, galerie carougeoise qui a fait de la peinture murale sa spécialité, Sylvain Croci-Torti présente une série de travaux, tous magenta. Quatre wallpaitings rigoureusement de la même couleur mais pour autant loin d’être tous identiques. L’artiste revendique la vitesse au travail. Sur une toile ou sur un mur, chaque œuvre est exécutée dans un temps imparti, celui d’un morceau de rock noise des Stooges ou des MC5. Soit dix minutes chrono de peinture sur fond d’underground énergique et encore pour les pistes les plus longues.

Une vélocité aidée par l’utilisation d’une racle à encre utilisée par les sérigraphistes (métier que Croci-Torti exerce aussi) permettant d’étaler de large bande de matière d’un seul coup. Ce qui assure un recouvrement maximum et rapide, mais provoque forcément quelques accidents. Par principe, le monochrome est une peinture sans défaut. Chez Croci-Torti, elle est inégale et assume les traces aléatoires laissées par l’instrument qui a servi à son exécution. On pense forcément à Steven Parrino, l’artiste new-yorkais aux monochromes froissés, dont Sylvain Croci-Torti se réclame. Et au fait que pour l’histoire de l’art, le genre a longtemps signifié la fin de la peinture. Avant de devenir lui-même une pratique surannée. Chez Croci-Torti, le monochrome est aussi une manière de perpétuer la tradition abstraite avec décontraction. L’exposition de l’artiste se termine le 6 février. Pour le finissage, il présentera une nouvelle édition, variante de celle produite pour son vernissage. La première était un monotype cyan, la seconde est magenta. Une manière de boucler la boucle.


Sylvain Croci-Torti, «An Ocean in Between the Waves», galerie Joy de Rouvre, jusqu’au 8 février, finissage dès 18h, 1 rue des Moraines, 1227 Carouge

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