Essai. Sylviane Agacinski. Métaphysique des sexes. Masculin/Féminin aux sources

du christianisme. Seuil, 308 p.

Plus qu'un manifeste féministe, c'est une invitation au voyage que nous propose Sylviane Agacinski: un voyage dans les grands récits occidentaux de la séparation des sexes, ceux de Platon d'abord, et surtout du christianisme ensuite. Comme elle le dit excellemment, c'est toujours la femme qui diffère de l'homme, jamais l'inverse. Ce qui intéresse la philosophe, c'est le sens des androcentrismes successifs, non leur dénonciation. Elle montre ainsi comment le souci qu'avait Platon de délivrer l'âme du corps se transforme dans le christianisme en souci de «sauver la chair en la spiritualisant». Par là, elle illustre comment «la relation masculin/féminin s'inscrit pour l'essentiel dans le cadre de la relation de l'esprit à la chair». Ce qui lui inspire cette comparaison: «Eve représente ainsi la complaisance de l'âme à l'égard de la chair: elle a cru au discours trompeur du serpent, tandis que Marie croira à la parole de l'ange et représentera la foi en l'Esprit.» Mais là encore se confirme, par sa virginité, la construction métaphysique des sexes: l'homme mâle, créé à l'image de Dieu, porte la marque de l'Esprit, alors que la femme est un «corps en plus pour l'homme». Au prix de sa virginité, Marie rapproche Dieu de l'homme. Bien que complexe, cette figure de pensée empêche toujours, cependant, de penser l'altérité du sexe féminin.