Que les références aux «Saintes Ecritures» soient omniprésentes dans la littérature mondiale, on le sait. Mais elles trouvent des terrains plus favorables que d’autres – l’Amérique puritaine, le monde scandinave... Et, comme le montre avec finesse Sylviane Dupuis dans un essai très élégant, la Suisse romande, et cela jusqu’à la fin du XXe siècle, en dépit d’un agnosticisme croissant chez les auteurs.  Elle cite Ramuz qui, en 1915, voit «une vérité esthétique, si on peut dire, des Evangiles» et met en parallèle les deux mysticismes: «Celui qui mène à Dieu et celui qui porte l’art, ou la poésie.»

Vision sacrée

A l’écart de Paris, les écrivains restent plus longtemps attachés à une conception sacrée de l’écriture, Sylviane Dupuis l’a constaté pendant les quinze années passées à enseigner la littérature romande à l’Université de Genève. Tout en revendiquant «le primat de l’art vis-à-vis de la morale, de la religion et de la politique nationale» et leur autonomie par rapport au champ littéraire français, les écrivains de ce coin de pays sont très nombreux à cultiver une conception «poétique» de l’écriture comme si «le Livre» l’avait imprégnée, quel que soit le genre de leurs écrits.