«Paillettes et dépendances ou la fascination du néant», le titre de la vaste exposition monographique de Sylvie Fleury au Mamco est à triple entrée. Dépendance aux marques et aux accessoires de la mode, attirance pour le kitsch, alias, selon les définitions, le mauvais goût ou un goût incertain. Fascination pour ce qui brille et vous entraîne dans une course sans fin.

Paillettes de néant qui, comme des flocons de neige, se posent sur les objets, les alourdissent et finissent par provoquer leur effondrement... L'exposition, présente dans l'ensemble du musée et représentative de l'ensemble de l'œuvre, se visite non de haut en bas comme de coutume en ce lieu, mais de bas en haut; on gravit ainsi les échelons de la conscience, jusqu'aux échelles dorées qui, au 4e étage, conduisent à des sphères inconnues.

L'univers de l'artiste genevoise vacille entre l'onirisme et les exigences de la société actuelle, la consommation, la publicité, les machines. Deux cents pièces, qui couvrent les années 1991 à 2008, émaillent le parcours, qu'elle a conçu elle-même. C'est en 1991 que Sylvie Fleury, alors âgée de 30 ans, défiant ses amis John Armleder et Olivier Mosset, déposait dans la galerie lausannoise qui les exposait, la galerie Rivolta, ses premiers «Shopping Bags» - ses premières œuvres.

Elle conduit depuis sa carrière d'une main de maître, n'hésite pas à s'approprier les images, les styles, les objets et jusqu'au public, rit de tout et d'elle-même, n'en travaille pas moins avec sérieux et efficacité. Au Mamco, la visite débute auprès de soucoupes volantes empruntées à la science-fiction, et au registre des jouets made in China.

Ces trois navettes, échouées là comme des rêves avortés, envoient leurs reflets arc-en-ciel dans la salle peu éclairée et suscitent un curieux sentiment d'intimité.

La métaphore de la conquête spatiale est reprise à l'étage, où des fusées, dressées comme autant de rouges à lèvres, arborent des teintes de maquillage; certaines se voient gainées de fourrure, dans un clin d'œil à l'œuvre surréaliste de Meret Oppenheim, femme artiste qui, elle non plus, ne s'est pas contentée d'être une égérie. Symbole sexuel complémentaire à celui des fusées, des grottes ont été recréées, ou photographiées.

Les photographies d'une grotte vietnamienne, qui tapissent une salle, reproduisent tel quel l'éclairage multicolore qui, du point de vue du «bon» goût, dénature ce site splendide, tandis qu'une brume s'élève de roues de voitures clinquantes, selon un dispositif digne des meilleurs effets cinématographiques.

Un accrochage de pages une de magazines de mode, datées, dans les deux sens du terme, semble un défi au temps, pages peu anciennes, presque récentes à vrai dire, mais déjà dépassées, démodées, et pourtant exposées dans un musée.

Le rapprochement de la mode et des arts appliqués avec le style construit et minimaliste d'artistes tels que Mondrian, Daniel Buren ou Carl Andre, ou encore avec les jeux optiques de Vasarely, est malicieusement formulé: bandes parallèles de diverses couleurs, soudain entrouvertes comme un rideau, soulevées par quelque main ou quelque sein, chandail ou robe dont le motif stylisé est défait, étiré, par les formes du modèle féminin, tandis que des entités cabossées, fondues, ramollies, se muent en œuvres parasites.

Dans la cage d'escalier, le public est contraint de passer sous la pointe menaçante de pendules surdimensionnés, instruments du médium ou du maçon, avant qu'un podium de défilé de mode le convie à s'exhiber devant les œuvres. Retournement astucieux, assez typique de la manière dont Sylvie Fleury parvient à émettre des pistes de réflexion, sous le couvert du glamour, de l'insolence et du brouillage de pistes.

Après la «Rétrospective» constituée de bibliothèques vitrées où sont alignées, en lieu et place d'ouvrages poussiéreux, les diverses chaussures à hauts talons portées lors de vernissages ou de repérages, un singulier autoportrait de l'artiste en conductrice de libellule attend le visiteur. Au passage, des slogans écrits en lettres lumineuses, qui ont valeur de mots d'ordre, l'auront invité à dire «oui à tout», à commencer par oui à la vie. Tant le travail de Sylvie Fleury, qui mise résolument sur les miroirs aux alouettes, se révèle tonique et fécond.

Sylvie Fleury: Paillettes et dépendances ou la fascination du néant,au Mamco, rue des Vieux-Grenadiers 10, Genève, tél. 022/320 61 22. Ma-ve 12-18h. Les premiers mercredis du mois 12-21h, sa-di 11-18h. Jusqu'au 25 janvier.