Après sa Petite Géographie à l'usage des gauchers, présentée ce printemps à Lyon, Philippe Favier expose à Genève de très petites peintures dédiées au thème grave et grotesque à la fois du squelette, de ses activités, de ses frasques. Du tableautin, les œuvres ont la dimension et le caractère narratif et ludique. Elles apparaissent comme les scènes d'un même spectacle, dont changent, peu ou prou, les décors, les éclairages, marquant ainsi les moments de l'action.

Le texte d'Eric Chevillard dans le catalogue accentue ce sentiment de théâtre, proche du rêve: «Comme je suis léger tout à coup! C'était donc toute cette chair qui pesait. Je m'en doutais: mes muscles constituaient le fardeau dont ils prétendaient me soulager. Je n'étais pas si gras, remarquez, mais tout s'accumulant faisait une lourde charge […]. Ai-je rêvé? En tout cas, il n'y a plus d'oiseaux sur les perchoirs de ma cage thoracique.»

Les peintures, de facture classique, arborent un horizon si radical qu'il en devient fermeture au lieu d'un indice de profondeur et d'infini. Ou bien leur espace se referme, du fait de l'obscurité qui environne le sujet, et le spectateur plonge dedans comme on tombe dans un trou. Et alors, quel monde, traversé de minuscules tracteurs, de poussettes, de lits à roulettes, le tout animé par des squelettes.

Après les sous-verre, les œuvres dont le dessin, toujours très fin, surnageait sur une mer d'obscurité, Philippe Favier donne dans la peinture la plus malléable, qu'il appose, malaxe, travaille de façon à la rendre plus évocatrice. Les lumières, modulées, les figures, réduites à leurs contours en contre-jour, apparaissent comme les accessoires d'un montreur d'images. D'autant que des manières de flashes accentuent les couleurs, ici ou là, et rendent les compositions presque kitsch. Mais la référence au morbide, à la danse des morts et à l'art du passé, ici la peinture romantique, n'est-elle pas une composante du goût kitsch?

Philippe Favier. Galerie Guy Bärtschi (rue du Vieux-Billard 3a, Genève, tél. 022/310 00 13). Ma-ve 14-19h, sa 11-17h. Jusqu'au 22 janvier. A voir également les oeuvres d'Olivier Blanckart.