Tac Tac Tac. Un nom efficace, tonique, musclé. Exactement comme les journées qui, du 22 au 25 octobre, présenteront à l’Espace Saint-Martin, à Lausanne, une trentaine de compagnies en liberté. Seule contrainte du projet, qui opère sans aucune subvention: proposer un objet artistique qui dure de dix minutes à une heure au maximum. Théâtre, danse, installation, clown, lecture, performance, les 130 artistes expérimenteront large dans ce lieu joliment retapé. Visite guidée.

L’Espace Saint-Martin? C’est une bâtisse industrielle, propriété de la Ville de Lausanne, située sur la rue Saint-Martin, au-delà du pont Bessières. Devenue tour à tour parking, lieu de stockage et bureaux, cette ancienne usine de métal sera bientôt rasée pour permettre la construction d’un immeuble à loyers modérés. D’ici là, un centre social occupe le rez-de-chaussée et, à l’étage, on trouve deux vastes halles de 700 m2 au total, idéales pour devenir des salles de spectacle, entourées de locaux plus modestes, parfaits, eux, pour être transformés en cuisine, loges, bureaux et studio. Voilà à quoi ont travaillé, cet été, les membres du comité Tac Tac Tac ainsi qu’une dizaine d’artistes au programme de ces journées.Ce n’est pas la première fois que ce lieu vit à l’heure du théâtre. De 2011 à 2013, pendant la durée de sa rénovation, l’Arsenic y a installé ses quartiers administratifs. A son départ, l’Association Saint-Martin, constituée de comédiens, metteurs en scène, plasticiens et graphistes, a pris le relais en organisant, notamment, des événements culturels ponctuels à «fort aspect expérimental». Les journées Tac Tac Tac s’inscrivent dans cet élan et, vu les travaux entrepris, l’Espace en sortira embelli.Ce jeudi ensoleillé de début d’automne, on découvre les rénovations de l’été. Dans de petites pièces en enfilade qui servaient d’entrepôts, les ouvriers autodidactes ont réalisé une cuisine, un bureau et une salle de réunion qui deviendra le lieu des loges durant les représentations. C’est coquet et quasiment sans frais. «Comme on ne demande aucune aide financière pour ces journées et qu’on invite les artistes gratuitement, on a essentiellement travaillé avec des matériaux et des meubles de récupération», commente Audrey Cavelius, comédienne et auteure, qui vient de passer son week-end à peindre les parois du bar couleurs framboise, abricot et jaune citron. Très concentré et perché sur un escabeau, Cédric Simon fixe autour de la halle centrale des panneaux de bois bourrés de laine de roche pour garantir l’isolation phonique. «Avec une rangée de pendrillons, des rideaux eux aussi isolants, on pourra ouvrir un bar à l’entrée sans déranger les artistes qui joueront dans la halle», explique le comédien-musicien. Assise au bureau, Stella Giuliani règle les aspects logistiques relatifs à l’enchaînement des compagnies à raison de dix par soirée – du costaud –, tandis que Fanny Pelichet souligne de ses yeux bleus les intentions du projet. «A Lausanne comme ailleurs, les artistes manquent d’espaces de travail. Quand on a lancé cette idée de journées ouvertes à tous, sans discrimination d’âge, de nationalité ou de registre esthétique, on ne savait pas du tout combien de créateurs répondraient présent. On a été sidérés de voir le nombre d’artistes qui avaient besoin d’un lieu pour faire une première expérience et vivre une sorte de bouillon de culture», témoigne la comédienne.

Un collectif investi

«Ce qui est important, précise Audrey, c’est qu’il ne s’agit pas d’un festival avec artistes programmés, mais bien d’un collectif qui prend toutes les décisions de manière démocratique.» Ainsi, pour établir l’ordre de passage de la trentaine de compagnies, tout le monde s’est rassemblé à l’Espace Saint-Martin et chaque troupe s’est placée là où elle le souhaitait sur le grand tableau synoptique des quatre soirées. L’avantage d’une telle autogestion? «La liberté et l’investissement. Bien sûr, pour certains, ces journées représentent un tremplin de promotion, mais l’énergie de la restauration et le plaisir de rencontrer d’autres artistes ont pris le dessus», assure l’équipe.
Les spectacles, de dix minutes à une heure, seront-ils payants? «L’entrée est à prix libre et des actions, type tombola ou vente éclair, seront également organisées pour financer les journées et rembourser les frais.» Un détail qui a son importance: les locaux, immenses, ne peuvent pas être chauffés… Mieux vaut prévoir une épaisse pelisse pour assister à cette effervescence des sens.