Cette fois, on y est. Les grandes saisons classiques ont repris leur cours les unes après les autres, dans un Victoria Hall plein. A la suite de l’OSR et de Caecilia, c’était au tour des concerts Migros de réjouir un public venu en nombre mercredi, après une trop longue période de disette musicale.

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Il faut dire qu’avec ou sans covid le London Symphony Orchestra (LSO) et l’immense altiste Antoine Tamestit avaient de quoi attirer les foules. Quant à la découverte genevoise du chef britannique Robin Ticciati et du beau programme présenté, ils ont achevé d’embellir l’ouverture de saison.

Cheveux bruns bouclés et haute silhouette fluide, Robin Ticciati est le direct héritier de Simon Rattle. Son geste dansant est le même. Son visage expressif, ses longs bras et grandes mains palpent et surfent sur le son comme ceux de son célèbre mentor. Son énergie inextinguible et son appropriation du son portent elles aussi les musiciens sur la crête de la puissance et de la délicatesse. Une direction organique comme on en rencontre peu, et qu’on a envie de suivre sans réserve.

Profondeur de champ impressionnante

L’orchestre? D’une rare connexion d’ensemble, aucun instrument distinct des autres, des solistes de haute volée, des sonorités d’une richesse inouïe, une dynamique qui semble sans limites et une profondeur de champ impressionnante.

Le soliste n’est pas non plus de ceux qu’on oublie. L’altiste Antoine Tamestit et son Stradivarius, qu’il semble offrir au public au salut, composent une paire indissociable tant les sonorités chaudes et drues de l’instrument, à la riche palette de couleurs, correspondent au jeu concentré, libre et inspiré du soliste.

Dans le très beau et trop rarement joué Concerto pour alto de William Walton, Antoine Tamestit nous entraîne dans un monde onirique teinté d’une nostalgie douce. Une offrande qu’il délivre sans fard, avec pudeur et sincérité. Son autorité musicale et sa virtuosité aérienne montrent l’alto sous un jour limpide.

Un caractère royal

Habituellement relégué aux rôles secondaires ou considéré comme un instrument intermédiaire, l’alto prend avec lui des dimensions insoupçonnées et un caractère royal. Après une traversée intense de la partition de Walton, la Sarabande de la 2e Suite pour violoncelle seul de Bach donnée en bis a achevé d’anoblir et d’illuminer la première partie de soirée.

De la 4e Symphonie de Brahms, on adore les grandeurs, les tendresses et les frissonnements internes. Les grandes ondulations aussi. Aucun de ces éléments ne résiste à la beauté sonore du LSO, sa profondeur de ton et son enivrement mélodique.

Filé comme du caramel

Robin Ticciati sait soulever et suivre l’orchestre, en chef avisé. Sa lecture est lyrique, énergisante, planante et vibrante. Il malaxe les strates internes et sait dégager des élans puissants en engageant son corps avec souplesse dans des lignes mélodiques les plus suaves.

Après une Légende de Dvorak filée comme du caramel en bis, on a très envie de réentendre ce chef bientôt, dans un programme symphonique de l’OSR ou dans la fosse du Grand Théâtre.