Cinéma

Tanguy revient chez ses parents, il n’aurait pas dû

Dix-huit ans après, Etienne Chatiliez donne une suite à un film qui était devenu un marqueur générationnel. Il se contente d’un copier-coller d’une paresse folle

En 2001, Paul et Edith Guetz (André Dussollier et Sabine Azéma) faisaient tout pour dégoûter leur fils Tanguy (Eric Berger) de rester chez eux. Il faut dire qu’à bientôt 30 ans, ce grand dadais peaufinant une thèse sur la Chine antique était pour le moins encombrant. Dix-huit ans plus tard, le voici de retour – avec en prime sa fille de 15 ans – dans ce nid douillet qu’il ne voulait pas quitter malgré les redoutables stratagèmes mis en place par ses parents. Sa femme chinoise l’a quitté, il est au tréfonds du fond et n’a qu’une envie: ne plus quitter sa robe de chambre et profiter du service all inclusive version papa-maman.

Tanguy était un film que l’on peut qualifier de générationnel, Etienne Chatiliez y anticipant en quelque sorte le phénomène des jeunes adultes restant plus que de raison à la maison. On parle d’ailleurs depuis de «génération Tanguy». En 2019, avec Tanguy, le retour, le réalisateur de La vie est un long fleuve tranquille et de Tatie Danielle, qui semblait à la fin des années 1980 capable de revitaliser la comédie populaire avant de sombrer, se contente de suivre la tendance, celle des «enfants boomerangs». Et si le film originel se distinguait par une écriture plutôt efficace en termes de timing comique, cette suite se contente d’un paresseux copier-coller – il est assez sidérant de voir les mêmes gags repris quasiment tels quels.

Endive tiède

Autre problème, et de taille: si Eric Berger avait en 2001 fait illusion, car il avait naturellement un air d’endive tiède, il prouve ici en grand dadais de 44 ans – il en a cinq de plus dans la vraie vie – qu’il est un bien piètre comédien. A ses côtés, Azéma et Dussollier ont beau se démener comme ils peuvent, ils donnent l’impression de ne pas y croire, visiblement conscients des faiblesses d’écriture d’un film qui sur-commente en outre ce qu’il montre dans un aveu d’impuissance crasse. «Ça va recommencer, il ne va jamais repartir», glisse lors d’une partie de golf une amie des Guetz. Un peu plus loin, elle renchérit: «Ça recommence, il est trop bien à la maison.» Fichtre, on ne l’avait pas vu venir! Comme ces gags qui sont amenés avec des ficelles grosses comme des cordages de paquebot, et qui dès lors tombent systématiquement à plat.

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Le cinéma aime les suites, miser sur des univers connus pour rassurer le spectateur et l’inciter à retrouver des personnages aimés – principe souvent mercantile que le triomphe des séries n’a fait qu’accentuer. Dans ce cas précis, ce sont deux producteurs qui ont suggéré à Chatiliez cette idée d’un retour de Tanguy. Le réalisateur, miné par des échecs successifs (La confiance règne, Agathe Cléry, L’oncle Charles) explique dans le dossier de presse du film qu’il a été motivé par «l’idée de faire mentir ceux qui disent que le 2 est toujours moins bon que le 1». Il parle de Tanguy comme d’un psychopathe. Pourquoi, dès lors, ne pas avoir transformé ce légume bouilli en piranha?


Tanguy, le retour, d’Etienne Chatiliez (France, 2019), avec Sabine Azéma, André Dussollier, Eric Berger, 1h33.

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