Production

Tant de modèles industriels pour la fiction TV

L’écrivain de Game of Thrones George R. R. Martin redit son dépit face à ses propres expériences de la TV. Des scénaristes anglais racontent les mutations de leur industrie. Echos d’un débat au NIFFF

Le temps des séries

Modèles industriels

Il fulmine encore, George R. R. Martin, contre cette industrie de la télévision dans laquelle il a travaillé une dizaine d’années, notamment pour La Quatrième Dimension (années 1980) et La Belle et la Bête (LT du 04.07.2014). L’auteur des romans de Game of Thrones raconte, presque encore jeune homme en colère, «cette incalculable bêtise des projections-tests en présence d’une dizaine de pelés ramassés dans la rue, censés être représentatifs de la population». Notons que la pratique est aussi courante au cinéma. Mais l’écrivain l’a découverte, et honnie, dans le cadre de cette TV qui, ironie, lui confère aujourd’hui son statut d’idole mondiale à casquette.

C’était lundi dernier, au Festival international du film fantastique de Neuchâtel, lors d’un séminaire animé par l’auteur de ces lignes. Outre l’invité vedette, il y a notamment David Varela, qui a conçu le jeu dérivé de Sherlock (lire ci-dessous). Celui-ci décrit comment l’on tente d’enrichir un monde fictif déjà posé, qui a ses codes précis. Anglais aussi, Ben Harris, qui fut aux commandes de Dream Team, raconte les mérites de la writer’s room, c’est-à-dire la pratique d’écriture en équipe, qu’il a cherché à diffuser en Grande-Bretagne: «Un gain important en idées, et en vitesse de travail.» Pour sa part, Guillaume Lubrano, chef de chantier de Metal Hurlant Chronicles, production franco-belge dérivée des bandes dessinées patrimoniales, narre la difficulté à porter un projet de série de science-fiction en France: il a fallu s’inspirer de certaines pratiques anglo-saxonnes, «et utiliser le label Métal Hurlant», marque connue, donc rassurante. Plus tard dans la discussion, des responsables des télés alémanique SRF et romande RTS diront leur souhait d’accroître la production de séries, en s’inspirant notamment des Danois, chez qui ils ont mené leur course d’école l’année passée.

En quelques paroles précises, l’éventail d’un paysage de fiction télévisuelle d’une radicale diversité. George R. R. Martin est coproducteur de la série tirée de ses romans, il en écrit un épisode par saison, et s’en accommode. Il garde un lien à la fois complice et critique à l’égard du feuilleton et de ses pilotes. Dans le chaudron britannique, on s’interroge sur l’intensification, et les extensions, de la fiction. Et les Suisses cherchent leur méthode.

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