Antoni Tàpies fête ses 80 ans. Déjà, a-t-on envie de dire, tant l'artiste catalan nous semble représenter un style inédit et puissant. En même temps qu'il résistait au franquisme «de l'intérieur», le peintre privilégiait la matière, traitée non comme un support ou un médium, mais pour son expressivité propre, qui restitue la parole du peuple espagnol. Cette matière concrète manque un peu dans les gravures et autres œuvres sur papier présentées à la Galerie Pauli à Lausanne.

Soit près de 40 œuvres qui évoquent plutôt qu'elles représentent: la croix à valeur de manifeste apparaît ici et là, le crâne et ses implications philosophiques et surtout la couleur, certes peu contrastée, certes jamais vive et heureuse, mais dense. Les teintes ocre vont jusqu'au jaune or, le noir insiste sur la dimension d'ombre du réel, le beige inclut parfois le sable qui lui donne sa tonalité et son grain.

La gravure la plus réussie, peut-être, est le seul bois gravé de l'exposition; intitulé Geste et daté de 1995, il restitue la violence de la matière, qui reste le sujet de l'œuvre d'Antoni Tàpies. La seconde et petite salle accueille divers dessins et l'on y retrouve le caractère direct, frontal, de l'art de Tàpies. Un simple carton, qui a pour lui justement d'être un carton, pauvre récipiendaire de tracés à la mine de plomb ou à la gouache, est non seulement le miroir d'éléments empruntés à la réalité, ou de situations sociales. Il incarne la réalité elle-même, le passé et le moment présent.

Antoni Tàpies, œuvres graphiques et œuvres sur papier. Galerie Alice Pauli (rue du Port-Franc 8, Lausanne, tél. 021/312 87 62). Ma-sa 9h-12h30 et 14h-18h30, sa 9h-12h30 et 14-17h. Jusqu'au 31 juillet.