«Boulevard de la mort», pochade indigneTreize ans après sa Palme d'or pour Pulp Fiction, Quentin Tarantino revient en compétition pour un film si raté qu'il n'a rien à faire là. Sinon, côté festival, pour la raison diplomatique qui consiste à entretenir de bons rapports avec ses habitués (et leurs producteurs, ici les teigneux frères Weinstein) même dans leurs mauvaises passes. Sauf que la présence de Boulevard de la mort à Cannes s'explique d'abord comme un coup commercial destiné à relancer la carrière d'un film qui a connu un destin catastrophique aux Etats-Unis.

A l'origine, Boulevard de la mort, histoire de trois rescapées d'un chauffard psychopathe (Kurt Russell) qui lui font passer un mauvais quart d'heure, n'est en effet que la deuxième partie d'un double programme intitulé «Grindhouse» et dont le premier sketch, Terror Planet, est signé Robert Rodriguez. Tarantino et lui avaient envie de signer un vrai-faux double programme à la manière des années 60 et 70, soit deux films d'horreur d'à peine plus d'une heure chacun, entrecoupés par des fausses bandes-annonces. Et c'est sous cette forme particulière, deux films pour le prix d'un, que «Grindhouse» a connu le fiasco le 6 avril dernier. Humilié, Tarantino a donc rallongé son segment de près d'une heure pour en faire une œuvre indépendante de celle de son camarade.

Sauf que Quentin Tarantino n'ajoute que du bla-bla. Et de loin pas des dialogues de la qualité de ceux de Pulp Fiction. Empêtré dans l'autoréférence (une sonnerie de portable qui reprend la musique de son précédent Kill Bill), Tarantino pèche par arrogance, par vanité. Il se croit le meilleur du monde: il n'est devenu qu'un opportuniste qui confond hommage et parodie.