Chaque jeudi, «Le Temps» explore l’histoire d’un objet devenu culte. (Re)jetez un coup d’oeil sur ces figures emblématiques qui, perçues du coin de l’œil ou au coin d’une rue, intriguent, inspirent, mais surtout informent sur un bout de patrimoine. 

Cette technique de couverture des toits et façades est visible dans tous nos cantons. Les tavillons, ces milliers de planchettes en bois superposées, habillent les fermes et chalets d’alpage, des façades d’immeubles en ville, des clochetons de chapelles de village, mais aussi des monuments. Ils sont l’expression d’un savoir-faire transmis de génération en génération pour se protéger du froid et de la pluie. Aucune école ou formation ne permet, encore aujourd’hui, l’apprentissage de cette technique. Elle s’enseigne et se peaufine sur les chantiers.

Des pierres aux clous

C’est pourquoi des particularités se dessinent dans la pose de ces écailles selon les régions. Chaque tavillonneur a sa signature. Tantôt appelées tavillons, tantôt anseilles ou bardeaux, selon l’épaisseur et la technique de pose employée, ces tuiles de bois fendues, qui virent du beige au gris, subliment les paysages de montagne. Même l’abbé Bovet les mentionne dans sa chanson Le Vieux Chalet: «Là-haut sur la montagne, l’était un vieux chalet. Murs blancs, toit de bardeaux.»

Auparavant, les tavillons étaient maintenus sur les toits par des blocs de pierre. Après de grands vents ayant emporté au loin quelques pièces, les familles pouvaient les retrouver grâce à des inscriptions gravées. Le fer pour fabriquer des clous, qui les maintiennent en place désormais, était hors de leurs moyens. Cette anecdote est racontée dans le court métrage réalisé par Jacqueline Veuve sur Olivier Veuve, ancien tavillonneur à La Forclaz.

Des traces passées et futures

Lucien Carrel, qui entretient des bâtiments protégés depuis 2007, a appris une partie de son métier auprès de lui. «Une fois sur le toit, assis sur la chaule – siège qui permet de se tenir à plat sur la pente – je saisis quatre tavillons d’épicéa que je dépose en éventail, tel un joueur de cartes, avant de les clouer une par une à l’aide de ma martèle – d’un côté un marteau pour taper et de l’autre une hache pour parer le tavillon», décrit le Gruyérien. Il fabrique manuellement ses tavillons en hiver et les pose en été «comme des quartiers de pommes sur une tarte».

Ce qui lui plaît dans ce savoir-faire ancestral, dont les plus anciennes traces en Suisse remontent au néolithique, c’est le respect des traditions et l’utilisation de bois local. «C’est un circuit court, peu énergivore car nous posons les tavillons à la main et il y a peu de perte.» Selon son orientation et son inclinaison, un toit rénové peut durer jusqu’à quarante ans. La tradition veut que le tavillonneur laisse sur place un «billet du mort», soit un mot au suivant avec son nom, la date et la météo du jour. «Je le fais toujours sur un chantier qui me tient à cœur.»

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