Sucre de Cannes

Taxi, fragile machine à rêve

Une grève des taxis à l’aéroport de Nice perturbe le démarrage du Festival de Cannes

Cannes, capitale mondiale du glamour! Dix jours à côtoyer les déesses de celluloïd, plonger dans les décolletés les plus vertigineux sur un air de Carioca! Un pur défi aux contingences! Même les membres du jury sont beaux. Le président Alejandro Gonzalez Iñarritu a le regard ardent, le front haut et le rire rocailleux d’un caballero du Yucatan, Elle Fanning la blondeur diaphane des elfes, Maïmouna N’Diaye l’élégance impérieuse de la reine de Saba; Alice Rohrwacher évoque les madones pâles et mélancoliques de la Renaissance et, sous son bonnet noir, Enki Bilal a la densité d’un docker de la Zone interdite…

La toute-puissante machine à rêve est pourtant fragile. Elle peut vite s’enrayer. A l’aéroport de Nice, fatigués de se faire disrupter jusqu’à l’os par Uber, les taxis ont choisi l’ouverture du festival pour faire grève. Bus et tram sont bloqués. Les voyageurs à destination de Cannes, les obscurs comme les stars, cheminent d’un terminal à l’autre, 2 kilomètres à traîner son bagage entre bitume et béton, là où jadis c’était la garrigue, et l’on redoute le moment où tous se transformeront en zombies jarmuschiens, se dévorant les uns les autres pour une place dans un véhicule. Bardé d’électronique, le festivalier se croit tout-puissant. Il n’est qu’un twitteur paranoïaque «sur une planète fondante», rappelle Don Alejandro.

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