Il fallait le voir pour le croire. Les musiciens du Verbier Festival Junior Orchestra se sont montrés prodigieux de musicalité et de ferveur dans l’opéra Eugène Onéguine de Tchaïkovski d’après Pouchkine. C’était dimanche après-midi à la salle des Combins. Sous la baguette du chef russe Stanislav Kochanovsky, remarquable de concentration et de bienveillance, ces musiciens âgés entre 15 et 18 ans ont donné le meilleur d’eux-mêmes.

Il y avait là toute une palette de nuances pour dépeindre les états d’âme de Tatiana, son amour pour Onéguine, ses doutes, et le revirement des sentiments de celui-ci, qui l’éconduit dans un premier temps pour mieux l’aimer ensuite – hélas trop tardivement.


Le concert est visible jusqu'au 6 novembre 2017 sur le site de Medici.tv.


Fruit des master class

Sur le plateau, les jeunes chanteurs de l’académie de Verbier se montrent pareillement engagés. Coïncidence: l’opéra de Tchaïkovski a été créé par une troupe d’étudiants à Moscou en mars 1879. A Verbier, les chanteurs – déjà à l’orée de carrières professionnelles – sont donc à peu près dans la même tranche d’âge. Cet Eugène Onéguine est l’aboutissement de deux semaines de travail dans les master class avec de grands professeurs. Tim Carroll signe la mise en espace qui définit clairement les rapports entre les personnages.

Voix claire et port noble, aussi douce que passionnée, la soprano russe Aleksandra Rybakova compose un magnifique portrait de Tatiana, en particulier dans «L’Air de la lettre». Elle en impose aussi dans le duo final avec Onéguine, malgré de légères traces de fatigue. Le baryton coréen Gihoon Kim possède un beau grain de voix (il lui reste à étoffer le jeu théâtral); le ténor Alexander Mikhaylov émeut par ses accents de fragilité en Lenski.

Fougue incandescente et sensibilité

On salue aussi la voix longue et capiteuse de la mezzo française Adèle Charvet en Filipyevna (qui a reçu le Prix Paternot), la mezzo russe Anastasiia Sidorova en Olga et l’Anglaise Anna Harvey en Madame Larina, toutes deux très à l’aise scéniquement. Basse prometteuse de Jasper Leever en prince Gremine et amusant numéro de Monsieur Triquet par l’Indonésien Satriya Krisna. A l’orchestre, on relève les très beaux solos aux vents (hautbois et clarinette en particulier) et un pupitre de violoncelles aux accents mélancoliques. Bien sûr, il reste quelques imprécisions, mais ces musiciens de l’orchestre junior sont remarquables.

Tchaïkovski était aussi à l’honneur lors du concert de clôture le soir. La violoniste néerlandaise Janine Jansen a imprimé fougue incandescente et sensibilité au Concerto de Tchaïkovski. Mikhaïl Pletnev (raffiné, quoique un peu sage dans l’accompagnement du Concerto) et le Verbier Festival Orchestra ont donné leur pleine mesure dans la 4e Symphonie en seconde partie.

Quant au bilan du festival, il est positif. Plus de 45 000 festivaliers (5% de plus que l’année passée) ont été accueillis par une équipe de 200 personnes, dont 97 bénévoles. 10% des festivaliers sont venus pour la première fois cette année. Plus de 4000 places ont été attribuées à des jeunes de moins de 25 ans – preuve qu’il n’y a pas que des têtes grisonnantes à Verbier.