Tchétchénie, une guerre pour mémoire

Drame «The Search» comble un manque de récits et d’images

Principale «victime» du dernier Festival de Cannes (avec The Captive d’un Atom Egoyan en perdition), The Search de Michel Hazanavicius méritait une seconde chance. On avait senti ce drame de la guerre de Tchétchénie sincère, même si parfois maladroit. Délesté d’un bon quart d’heure, il vaut nettement mieux que sa réputation. Sa principale originalité ne réside certes pas dans sa quête de réalisme, ni même dans cette guerre jamais montrée à l’écran. Bien plutôt dans sa tentative de faire coexister trois points de vue: celui des victimes, celui des bourreaux et celui des observateurs «neutres».

Plus brut que sentimental

Librement inspiré du The Search (Les Anges marqués, Fred Zinnemann, 1948), classique de l’après-guerre, le scénario suit ainsi en parallèle deux récits: celui d’un garçon qui fuit son village après l’assassinat de ses parents et finit par rencontrer une chargée de mission pour l’Union européenne, et celui rajouté d’un jeune Russe engagé de force dans l’armée et systématiquement «déshumanisé» pour devenir un bon soldat.

Cette partie, qui n’est pas sans rappeler Full Metal Jacket de Kubrick, est la plus forte: d’une brutalité inouïe, elle en dit long sur les exactions commises par l’armée russe. L’errance du petit garçon, de son côté, résume bien la douleur silencieuse des victimes civiles (tant pis si tous les Tchétchènes n’étaient pas des enfants de chœur).

Reste la position occidentale, celle des humanitaires et des observateurs – la nôtre. Forcément inadéquate, elle est montrée avec toutes ses maladresses, sa bonne volonté et ses légèretés. Est-ce vraiment si faux? Avec le final «surprise» qui rétablit une chaîne de causalité, on y verra plutôt la preuve d’un «film de sensibilisation» réfléchi, qui vaut pour bien d’autres conflits actuels.

VVV The Search, de Michel Hazanavicius (France – Etats-Unis – Géorgie, 2014), avec Abdul-Khalim Mamatsuiev, Maxime Emelianov, Bérénice Bejo, Annette Bening. 2h14.