Funkstörung, le nom du projet électronique de Michael Fakesch et Chris de Luca, est un véritable manifeste. Les deux Bavarois ont fait du piratage sonore, de la décomposition et de la reconstruction musicale un nouvel art. Programmé ce soir dans le cadre du festival zurichois Lethargy, le duo compte parmi les remixeurs les plus aventureux de la scène électronique. Si, avec l'explosion de la scène dance, le DJ, jadis simple passeur de disques, a acquis un statut d'artiste, c'est aujourd'hui au tour des remixeurs de faire valoir leur talent créatif.

L'activité de relifteur a elle aussi éclaté à la fin des années quatre-vingt, répondant à l'attente des clubs toujours friands de versions plus dansantes de tubes pop. Recrutés souvent par des groupes rock courant derrière le train de la dance music, des ingénieurs du son plus ou moins rapaces ont ainsi réussi à faire carrière dans l'ombre. Progressivement, de simple coloriste, le remixeur est devenu un véritable compositeur, à cette différence près qu'à l'instar d'un interprète travaillant sur un matériau préexistant, par exemple une sonate de Bach, il s'approprie une œuvre et en livre sa version plus ou moins éloignée de la composition écrite. C'est ce type d'approche du remix qui caractérise le travail des remixeurs les plus renommés. La reconnaissance de leur travail se manifeste aujourd'hui par la sortie d'albums, réunissant exclusivement des reliftings sonores. Ainsi, après les Autrichiens Kruder & Dorfmeister, après le duo américain Thievery Corporation, Michael Fakesch et Chris de Luca ont sorti une collection de leurs remix, intitulée Additional Productions.

Plutôt que de retoucher au pinceau les productions originales, le duo allemand a choisi de totalement déstructurer le paysage sonore fourni et de bâtir une nouvelle architecture en jouant souvent sur le travail rythmique. Une optique qui a notamment séduit les rappeurs américains Wu-Tang Clan, les vétérans techno Finitribe et la diva pop Björk. La version de Funkstörung du morceau All is full of love compte parmi les comètes pop les plus étranges de ces dix dernières années. La mer des violons qui envahissait la mélodie originale de l'Islandaise est ici criblée de rythmes et de respirations syncopées. Seules les harmonies acides de la voix surnagent sur l'océan démonté. Le succès de cette version leur vaut aujourd'hui un agenda bien rempli. Une célébrité éclair qui éclipse leur renom de compositeurs originaux. Michael Fakesch n'en a cure.

Michael Fakesch: Peu importe en fait si le morceau a été composé par un autre ou si nous l'avons écrit. 95% de chacun de nos remix est le fruit de notre esprit. Et d'ailleurs, les amateurs de musique électronique reconnaissent ce travail… Remixer nous a permis de nous faire connaître d'un public plus large. C'est une chance que nous ne voulions pas laisser passer.

Le Temps: Quelles sont les musiques que vous refuseriez de remixer?

– Nous pouvons mixer toutes les musiques, pourvu que nous ayons les coudées franches. En fait, nous aimerions bien travailler sur le format rock et pop. Ce serait un vrai challenge. Le remix étant selon notre définition une création à part entière, nous pensons même que l'on peut sauver un morceau totalement raté grâce au remix.

– Vous incorporez dans vos versions de nombreux bruitages industriels. D'où vous vient cette passion pour les clashs sonores?

– Dans la plupart des productions électroniques actuelles, on entend les mêmes sons, les mêmes rythmes souvent préenregistrés. C'est d'un ennui mortel. Notre passion a toujours été la programmation des beats, et nous voulons constamment repousser les limites de nos machines, extirper des couinements jamais entendus.

– Quels sont les remix de votre catalogue que vous préférez?

– Nous les aimons tous. Je sais, cela peut paraître un peu niais, mais c'est la vérité. Je peux par contre relever le remix qui nous a nécessité le plus de travail, c'est celui du duo électro berlinois S'Apex. Le morceau original est très jungle et linéaire. Nous avons voulu l'ouvrir vers d'autres perspectives. Pour ce faire, il a fallu tout reprogrammer, ajouter des effets sur chaque rythme. Le morceau final comprend plus de 1000 beats. L'oreille ne perçoit pas le quart de notre travail sonore.

– Vous remixez non seulement des compositions instrumentales mais aussi des chansons pop. Comment considérez-vous l'outil vocal?

– Longtemps, Funkstörung refusait de travailler sur les voix. Progressivement, grâce à des groupes comme Massive Attack, nous nous sommes intéressés au chant. De fait, lorsque nous avons ajouté la voix de Björk sur notre travail rythmique, le résultat nous a totalement emballés. Nous préparons actuellement notre premier album de compositions originales avec une chanteuse. Le résultat sera plus pop et devrait d'autant plus surprendre. Le clash des deux mondes est parfois totalement déroutant.

Additional Productions, par Funkstörung (Studio! K7 - Disctrade).

Zurich. Lethargy, Rote Fabrik. Seestrasse 395. Ve 6: DJ Roni Size, Minus 8, Herbert, Miss Kittin & The Hacker, Funkstörung, etc. Sa 7: Styro 2000, Andrew Weatherall, Oliver MG, Krust, State of Bengal, Cleveland Watkiss, Two Lone Swordsmen, I-F.

Dès 22 heures.