Depuis le premier gramophone, commercialisé en 1898, jusqu'à l'explosion de Napster, l'histoire du XXe siècle se confond avec une conquête. Celle du son, jusqu'alors insaisissable, que l'homme s'approprie à mesure que se perfectionnent les supports de sa restitution. En apprenant à domestiquer la matière sonore, à la consigner sur vinyle, bande magnétique ou support numérique, le siècle ouvre à tout un chacun un univers vierge, riche de potentialités inexplorées.

Conçus pour archiver en priorité la voix humaine, les premiers systèmes d'enregistrement ne tardent guère à intéresser les musiciens, avec tout ce que cela comporte de contraintes. Soumise au format du 78-tours, disposant d'une moyenne de trois minutes d'enregistrement par face, la musique populaire privilégie pendant de nombreuses années le format court et les rythmes endiablés. Jusqu'à l'apparition du 30-centimètres, permettant de prolonger jusqu'à vingt minutes le temps d'un même morceau, puis du CD, disposant de 74 minutes sur une seule face.

A chaque nouveau format répond la créativité renouvelée des musiciens, modifiant dans un même élan nos habitudes d'écoute. Aujourd'hui, la question se pose face à la prolifération des nouveaux formats, tel le DVD audio, offrant plusieurs heures d'enregistrement sonore, ou le disque dur d'ordinateur aux capacités vertigineuses. Jusqu'où peut-on aller dans l'élargissement des possibilités d'enregistrement et de restitution sonore?

La réponse, les musiciens l'ont déjà donnée en exploitant les nouvelles techniques d'échantillonnage offertes depuis près de vingt ans par le sampler et, depuis peu, par l'informatique. Pour garder le contrôle d'une matière sonore en prolifération constante, la stratégie contemporaine consiste à n'en prendre que des bribes, à la fragmenter pour la recomposer à sa guise sur le médium de son choix, chaque support (vinyle, CD, MP3 et autres) répondant à des usages bien précis. La musique en kit sous forme de do-it-yourself, voilà sans doute ce que l'avenir nous réserve.