Marché de l'art

Tefaf Maastricht, la foire d'art massive qui sait se renouveler

Le leader mondial des foires d’art et d’antiquité est un gros paquebot de 280 exposants qui sait amorcer des virages en douceur. En témoigne une 32e édition qui accueille, du 16 au 24 mars, quarante nouveaux marchands. La ville héberge aussi une vaste expo David Lynch

«Que tout change pour que rien ne change.» Nanne Dekking, le président de Tefaf (The European Fine Art Fair), s’emploie, mois après mois, à transcrire dans l’organisation de la foire la plus prestigieuse du monde la philosophie de cette maxime empruntée au Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Ce Hollandais installé aux Etats-Unis depuis 1996 veut tout mettre en œuvre pour entretenir la flamme des collectionneurs et mériter leur confiance.

Depuis l’été 2017, date de sa nomination à la tête de Tefaf, il s’emploie à en bouleverser les règles du jeu. Renouvellement des marchands et renforcement de la section Art moderne et contemporain, modification du protocole de sélection des exposants, réorganisation du vetting, le comité d’experts chargé de passer au crible toutes les œuvres d’art pour s’assurer de leur authenticité.

Cette année, c’est du jamais-vu à Maastricht, Tefaf accueillera 40 nouveaux exposants. Depuis peu, le conseil d’administration de la foire a décidé d’ouvrir plus largement ses portes à de nouveaux professionnels. Pleurs et grincements de dents du côté des exposants historiques qui ont été écartés, comme Nico Delaive, directeur de la galerie du même nom sise à Amsterdam, qui y exposait depuis 26 ans, ou Iwo Bouwman, un marchand installé à La Haye, présent à Maastricht depuis 1975.

«La nouvelle direction de Tefaf est en train de métamorphoser le salon. N’oubliez pas que cette foire a été créée par des marchands et pour des marchands, afin de faire face au rouleau compresseur des maisons de ventes», vitupérait Bowman en novembre dernier, dans une interview accordée au site d’information Artnetnews. Le galeriste brocardait au passage la nouvelle direction bicéphale de la foire, Patrick Van Maris (PDG de Tefaf depuis 2015) et Nanne Dekking, pointant le fait qu’ils étaient tous d’eux anciens cadres dirigeants de Sotheby’s.

Un quart de nouveaux venus

C’est dans la section Art moderne et contemporain que les changements sont les plus importants. Près du quart des 59 exposants (cinq de plus que dans la section Tefaf Paintings, historiquement la plus puissante, allant des maîtres anciens aux tableaux du XIXe siècle) sont des nouveaux venus, comme le Français Kamel Mennour, qui présentera des œuvres d’Ugo Rondinone, et l’Allemand Sprüth Magers, qui montrera des créations de l’artiste conceptuelle Rosemarie Trockel. Autre changement, plus cosmétique celui-ci, le rapprochement au sein du salon des sections Tefaf Design, qui gagne trois nouveaux exposants, et Tefaf Tribal.

Transparence oblige: le nouveau protocole de sélection des exposants – cinq pages détaillées écrites en petits caractères d’imprimerie – est en ligne sur le site de Tefaf. Chacune des neuf sections que compte la foire est désormais représentée par un comité de sélection chargé de faire des recommandations. La décision finale appartenant à une autorité supérieure: le comité principal de sélection. Ses critères? Les candidats doivent répondre à des conditions «d’intégrité, de qualité et de standing»: avoir une spécialité clairement définie, jouir d’un rayonnement international, être déjà inscrits dans le circuit des grandes foires d’art, présenter des pièces de très grande qualité, organiser des expositions et éditer des publications, disposer d’une revue de presse conséquente et, enfin, avoir réalisé des ventes remarquables, et si possible à des institutions publiques.

Prévenir les conflits d’intérêts

L’autre obsession du président de Tefaf? Rendre encore plus rigoureux tant l’organisation que le travail du vetting, le comité d’experts, de façon à ce que ses 189 spécialistes agissent avec la plus grande impartialité. D’où la nécessité d’écarter les spécialistes susceptibles de se trouver en situation de conflits d’intérêts: les marchands et les experts des maisons de ventes aux enchères qui ne disposent plus de droit de vote au sein des comités d’expertise. Celui-ci est désormais réservé aux conservateurs de musée, historiens d’art, experts, chercheurs et autres restaurateurs qui y siègent. Les marchands pourront néanmoins toujours intervenir à titre consultatif.

Lire aussi: Les nouveaux atouts de la foire de Maastricht

Nouvelle surprise, début mars, dix jours avant l’ouverture de la foire, lorsque Tefaf a annoncé la nomination de Wim Pijbes, le directeur général honoraire du Rijksmuseum, à la présidence des comités d’expertise des trois foires estampillées Tefaf: Maastricht, New York Spring au printemps et New York Fall à l’automne. Sa mission? «Tout faire pour promouvoir un environnement fondé sur la confiance, la transparence et la véracité, de manière à ce que les collectionneurs soient assurés de l’authenticité des œuvres que nous présentons», martelait, début mars, Wim Pijbes, qui prend le relais de l’historien d’art néerlandais Henk van Os, qui a présidé l’instance pendant dix ans.

Tefaf Maastricht, du 16 au 24 mars.


David Lynch au Bonnefantenmuseum

Si vous venez arpenter les allées de Tefaf, un conseil: faites un détour par le Bonnefantenmuseum. Le musée d’art ancien, moderne et contemporain de Maastricht consacre une très riche rétrospective à l’œuvre plastique de David Lynch. Le réalisateur d’Elephant Man (1980), Blue Velvet (1986) et Mulholland Drive (2001), Palme d’or au Festival de Cannes en 1990 et Lion d’or d’honneur à la Mostra de Venise en 2006, est aussi un plasticien talentueux – en témoigne aussi une récente double exposition à Sion et Morges.

A lire: David Lynch œuvre au noir en Suisse romande

Le Bonnefantenmuseum consacre une importante rétrospective à son œuvre plastique, qui réunit quelque 500 pièces: toiles, dessins, lithographies, photos, lampes-sculptures, installations sonores ainsi qu’une sélection des courts métrages réalisés à ses débuts, dont l’important film d’études Six Men Getting Sick (1967). L’occasion de découvrir une facette méconnue de la création de ce passionné de méditation transcendantale qui étudia, pendant sa jeunesse, à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts et qui est toujours, depuis, resté actif dans le domaine des arts plastiques, tout en poursuivant sa carrière de cinéaste.

«David Lynch: Someone is in my House», Bonnefantenmuseum, Maastricht, jusqu’au 28 avril.

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