Cinéma

A Téhéran, des tabous de façade

Ali Soozandeh éclaire la schizophrénie de la société iranienne dans un film démonstratif

Il y a d'abord la prouesse technique. Téhéran Tabou est un film d'animation réalisé en rotoscopie: de vrais acteurs ont été filmés devant des fonds verts, sur lesquels ont, dans un second temps, été incrustés des décors mêlant dessins traditionnels et images numériques. Une fois le tournage live achevé, une quarantaine de dessinateurs ont passé treize mois à donner corps à ce film qui impressionne ensuite par son sujet. L'Iranien Ali Soozandeh, installé depuis plus de vingt ans en Allemagne, y montre comment, derrière les interdits religieux de façade, Téhéran a, comme toutes les capitales occidentales, ses histoires sordides de prostitution, de drogue et de corruption.

L'absence de liberté pousse les Iraniens à mener des doubles vies, estime le réalisateur, qui ne peut plus retourner dans ce pays qu'il a choisi de fuir. Téhéran Tabou montre notamment comment l'honneur reste la valeur suprême, l'important étant alors moins de tout faire pour la respecter que de ne pas se faire attraper si on a un comportement que la loi islamiste réprouve. En gros, il est plus dangereux pour un couple d'amoureux de se tenir la main en public que pour un ayatollah d'aider une mère en détresse en échange de ses faveurs.

Le film suit le parcours de trois femmes et un homme. De manière volontariste et parfois trop appuyée, il dénonce les dérives et incohérences d'une société schizophrène. Ali Soozandeh n'est pas dans la nuance, mais dans la démonstration. La rotoscopie amène heureusement une certaine distance et permet au récit de glisser du côté de la fable. 


Téhéran Tabou (Tehran Taboo), d'Ali Soozandeh (Allemagne, 2017), avec Arash Marandi, Alireza Bayram, Zahra Amir Ebrahimi, 1h36.

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