Quand Teju Cole a appris qu’il était invité pour une résidence d’artiste à Zurich, ses amis l’ont félicité… puis ont aussitôt ajouté que Paris aurait été plus formidable encore. La Suisse, pour ses proches comme pour le reste du monde, est un pays sans surprise, un monument de perfection convenue, montagneux mais pourtant si lisse. Cette remarque n’a fait qu’attiser sa curiosité: partout où il y a des idées reçues, il y a pour Teju Cole une matière à étudier.

Fernweh (2020), le livre qu’il tirera de son séjour, écorche tout en le sublimant le minois idyllique de la Suisse d’Epinal et questionne le rapport de l’homme à son environnement. «Je ne crois pas au mythe de la nature intacte, je crois à la coopération entre l’humain et la nature. En Suisse, c’est intéressant: l’aménagement est pensé de manière harmonieuse, mais pas au point de s’abstenir de planter un téléphérique sur un flanc de montagne, au terminus duquel on trouve un restaurant.»